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La Ravoire - Sanatorium
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11 décembre 2019

Didier a retrouvé ...

 

 

 

.. la tombe de Toto !!!

Je vous ai déjà parlé de Didier - pas mon mari - mon ami !!! Depuis le début de mon blog il a toujours été auprès de moi -- Il m'a soutenu quand j'avais des doutes du bien fondé de ce blog et il m'a encouragé à continuer

Lui et Parick ont été les premiers à me découvrir et à me lire et après toutes ces années ils sont tous les 2 toujours  là ..

Didier c'est notre mémoire -- celui qui au fil des années a collecté tout ce qu'il pourrait trouver sur notre passé à la Ravoire. Il est la bibliothèque de notre passé et je ne pourrais jamais le remercier pour le travail formidable qu'il a fait ..

Hier -- fait exceptionnel - il m'a appelé en plein milieu de l'après midi -- j'ai d'abord cru à un malheur car il ne me téléphone jamais -- et il m'a annoncé :

"J'ai retrouvé la tombe du Docteur Vaquette" !!!

Heureusement qu'il m'avait demandé de m'assoir avant !!! .. j'ai mis au moins 10 interminables secondes à comprendre que  grâce à l'acharnement et la volonté de Didier nous avions enfin retrouvé celui qui a remplacé pour nous tous notre père !

Nous pourrons maintenant à travers le temps le remercier de tout ce qu'il a fait pour nous tous !!!

J'étais heureuse et triste -- j'ai pleuré et rigolé en même temps

Je ne pouvais pas croire que nous avions enfin retrouvé cet homme brillant et gentil pour qui - toutes générations confondues - nous étions ses enfants !

Il a été un père pour moi - Il a été gentil et attentif à mon bien être - Il m'a aidé à surmonter la séparation de ma famille - il m'a sauvé de cette terrible maladie !

Comment aurais je pu oublier cet homme ?

Quand je suis partie de La Ravoire je n'ai pas pu lui dire aurevoir (il n'assistait jamais à nos départs) - je n'ai jamais pu le remercier et lui dire tout ce que je pensais de son travail et de lui en tant qu'homme -

Mais comme Mémère il est resté dans mon coeur et dans mon esprit et ce blog a servi à le faire revivre grâce à mes souvenirs et à tous ceux qui le connaissaient ..

Tous les ans le jour de la Saint André nous lui faisions une fête - La fête à Toto - Il connaissait son surnom qui a traversé les générations - A mon époque nous avions préparé un spectacle et décoré la salle de ciné et nous dansions - chantions - faisons des sketchs ...

Avec le recul nous étions ridicules mais nous le faisions avec conviction et amour et cela était suffisant pour lui ..

Maintenant La Ravoire n'existe plus - Mèmère est éparpillée dans sa montagne - et comme un signe d'éternité, Didier a retrouvé sa tombe ..

De quoi être heureuse et triste à la foi ..

Mon mari à moi - mon Didier d'amour - m'a tout de suite proposé d'aller me recueillir sur sa tombe --- Il me connait trop bien -- et déjà tout est organisé (ou presque) pour l'an prochain .. Merci toi mon amour parce que tu sais et tu comprends que tout cela est important pour moi

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24 avril 2016

Brigitte

BRIGITTEOh ma Brigitte

Comme j'ai été heureuse hier d'entendre ta voix .. de te retrouver enfin après 44 longues années sans nouvelle l'une de l'autre. je t'ai cherché, et j'ai fini par te trouver en embêtant tes amies de facebook .. je ne remercierais jamais assez ta merveilleuse fille pour son aide

Et ces souvenirs qui sont remontés en vrac .. tu as été mon pire cauchemar à la Ravoire mais aussi ma plus fidèle amie.

Combien de bagarres entre nous .. combien de bétises faites en commun.

Nous ne pouvions pas nous passer l'une de l'autre. Nous étions toujours séparées mais toujours cote à cote, toujours fachée pour des prétextes bidons mais toujours ensemble, dans la même chambre, à faire les 400 coups ensemble.

Dès qu'il y avait une bétise, notre "couple" en était.

Notre conversation d'hier a fait remonter les fois où nous faisions le guet pour Claire et Yannick, les parties de ballons prisonnier avec les garçons, notre chambre toujours en état de guerre permanente ..

Nous avons passé la Ravoire ensemble, tu es celle que je voulais retrouver, celle qui incarne ce passé. Et voilà je t'ai retrouvé .. tu fais partie à nouveau de ma vie, et il me tarde de te revoir, ce qui se fera en Aout.

Grâce à toi j'ai de nouveau envie d'écrire notre histoire. J'ai cru que tout cela était dépassé, maintenant que la Ravoire sera détruite, mais non, j'ai encore des choses à dire, des tranches de notre vie commune à raconter.

C'est l'histoire d'enfants malades séparés de leur famille qui ont recréé le temps d'une hospitalisation un monde meilleur ..

 

PS .. en me relisant je me suis aperçue que je n'avais pas raconté l'histoire de cette "punition" .. notre chambre était encore dans un désordre innommable et nous avons ENCORE été punies de télévision ..

 

23 avril 2016

Je recommence mon blog

Cela ne fait que la troisième fois que je crée un blog pour parler d'une partie de mon enfance ..

J'ai eu un destin un peu particulier puisqu'en 72 j'ai été malade de la Tuberculose. Pas une petite infection non .. j'ai été hospitalisée plus d'un an dans un sanatorium en Haute Savoie à Passy à la Ravoire.

Au départ apprendre que je suis atteinte de la même maladie que mon père a été un drame. Quitter ma famille et mon cocon familial a été une horreur pour moi mais très vite j'ai appris à être vraiment heureuse là bas.

J'avais fait un blog il y a une dizaine d'années mais il a été fermé et là j'en refais un autre.. pour ne pas oublier ...

Je vais mettre ici toutes les archives que j'ai pu retrouver et je vais essayer d'écrire à nouveau

 

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3 novembre 2019

L'ennui

Je suis en train de relire certaines pages de mes cahiers journaux de La Ravoire et je me rends compte que l'on s'ennuyait pas mal ..

Certains jours c'était juste - "Rien à signaler" - "Pas de courrier" - "J'ai reçu une lettre de maman" ...

Ma vie était rythmée par les perfusions au début - l'école ensuite le matin - les repas et parfois la télé

Mon "agenda" n'était pas surchargé et j'ai l'impression que l'on devait s'ennuyer 

Lundi 12 juin 1972

Il est 9 h 1/2 et je suis en cure - R.A.S

Lundi 31.7.72

Lettre - 1 de maman

Mis à part ce manque évident de vie sociale, les disputes entre nous comblaient et meublaient nos vies ainsi que nos histoires de coeur

Moi avec un certain Jean - Brigitte avec Albert ou Alain - Claire avec Yannick etc .. toutes les filles avec Bernardino ...

Bref l'ennui ................................... 

 

 

12 janvier 2022

Scopel

Il y a peu j'ai appris votre prénom .. Léone ! 

Pour nous vous étiez "Scopel" l'infirmière de nuit et parfois de jour ! Nous vous avons fait tourner en bourrique car la dernière année il n'était pas question de dormir avec les poules ! 

Nous étions toutes des "révolutionnaires" en puissance ! Vous avez du gérer tous nos conflits que l'on réglait bien souvent la nuit 

 

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16 février 2020

Encore un projet annulé pour La Ravoire

Il y a quelques jours j'ai appris que le projet Bouygues pour La Ravoire était tout bonnement annulé !

J'ai été tout d'abord stupéfaite et en colère car ce magnifique espace va encore rester à l'abandon quelques temps. En colère parce que j'aurais tellement voulu que La Ravoire reste ce qu'elle était - même cabossée par le temps cet endroit restait magnifique et magique pour moi

Je sais depuis longtemps qu'il était impossible de rénover les bâtiments - plus rien au normes - mais c'est mon histoire qui a disparu avec les coups de pelleteuses. C'est mon passé !

Plus de 40 ans après mon départ La Ravoire était encore debout et du jour au lendemain plus rien !

J'ai cru à tous les projets présentés par les élus. Il y a quelques années j'ai soutenu le projet d'une maison de retraite ou d'un véritable centre médical - La Ravoire aurait ainsi retrouvé son attrait - guérir des maux comme elle l'avait fait pour moi

Mais voilà le projet  Bouygues ne se fera pas - l'entreprise ayant renoncé à faire les 80 logements et équipements - de toute façon à y voir de plus près le projet était irréalisable. Même si le terrain est grand il reste une partie inondable

Maintenant j'aimerais un vrai projet pour cet espace vide. J'aimerais que cet endroit retrouve sa beauté et sa splendeur -

Une maison de retraite ou un centre médical peut importe mais que cet endroit redevienne des souvenirs à d'autres personnes !

Et bien sûr quelque soit le projet maintenant j'aimerais que les élu(e)s pensent à poser une plaque à La Ravoire en souvenir de mon passé et celui de Mémère - de Toto - de Maman et Papa Dino - Mme Martinez et Scopel - Fivel et Gavard (j'en oublie) et de tous Anciens de La Ravoire

Pour moi c'est fini. Les bâtiments majestueux ne sont plus là - le Chalet - l'école - le réfectoire - la Pergola tout a disparu il y a plus de 2 ans maintenant. Il me reste mes souvenirs et ce blog pour ne pas oublier et pour faire connaitre aux gens de passage la splendeur passée d'un endroit merveilleux qui a contribué à la guérison de centaines d'enfants et d'adolescents comme moi

La Ravoire est une partie de mon passé que j'ai malheureusement enfoui trop longtemps et que ce blog me sert à faire renaître - pour ne pas oublier

 

26 novembre 2016

La Ravoire se meurt et nous ne pouvons plus rien y faire

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Depuis le mois d'Août, il m’a été vraiment difficile d’écrire tout ce que je pouvais ressentir après notre ultime voyage à la Ravoire.

Voir cet endroit que j’aime tant dans cet état de délabrement a été dur à vivre et surtout à encaisser.

Comment continuer à écrire sur la splendeur passée alors que dans quelques temps cet endroit ne sera plus que vivant dans mon cœur et dans celui de tous ceux qui sont passés là bas ?

Comment décrire encore ce que nous avons vécu alors qu’il ne reste que l’agonie de notre passé ?

Je sais que je n’ai pas eu une destinée romantique ou celle que je rêvais étant enfant, mais j’ai vécu des moments d’une intensité hors du commun qui ont fait de moi ce que je suis maintenant.

J’ai écris ce que j’ai pu ressentir en arrivant, et ce que j’ai ressenti en partant de cet endroit, mais les mots n’ont pas été assez forts ou je n’ai pas su décrire ce que j’ai vécu vraiment.

Une adolescence de 14 ans qui apprends qu’elle a une maladie grave, qu’elle peut en mourir, se retrouver dans cet endroit qui va la séparer de sa famille !

Et puis peu à peu, cet endroit que je détestais à mon arrivée, est devenu ma protection, mon avenir, car c’est que la Ravoire m’a offert, MON AVENIR, comme elle a offert l’avenir de tous les adolescents et enfants qui sont allés là bas.

Nous étions malades, nous étions séparés de nos familles, nous étions sous traitements lourds et nous avions des examens médicaux horribles à vivre, et pourtant nous finissions par être heureux de vivre là bas.

La Ravoire nous a protégé des autres, de tous ceux qui avaient peur de nous approcher, elle nous a protégés en nous permettant de reprendre le cours de notre vie, changé à jamais par cet expérience pleine de contrastes dans nos sentiments.

Elle nous a permis de nous rencontrer, générations après générations, de nous fabriquer des souvenirs de pleurs, de rires, de joie et de découragements.

Cet endroit bien sûr, mais aussi toutes les personnes qui travaillaient à notre bien être. Maimaire en tête, mais aussi toutes nos infirmières, et toutes les personnes qui se préoccupaient de nous et de notre santé. Le Docteur Vaquette qui a été la figure paternelle durant notre séjour, sa façon de nous rassurer quand rien n’allait et quand le désespoir et le chagrin nous rendaient agressifs ou même méchants.

La maladie était une injustice, et nous avions tous des périodes où il fallait que l’on évacue cette situation.

Maintenant l’injustice est de voir cet endroit si cher à mon cœur mourir dans l’indifférence totale.

Qui se soucie encore de ces générations de malades, grands et petits qui devaient vivre séparés de leur famille ? qui se soucie encore des angoisses que nous avons pu tous ressentir face à la mort probable ? qui peut imaginer ce que nous avons pu ressentir comme injuste cette partie de notre vie ?

Qui se soucie de nos histoires ?

Nous avons souffert dans nos corps à cause de la gravité de cette maladie, et nous avons guéri

Et maintenant, il nous reste à vivre la fin de vie de cet endroit qui nous a protégés, impuissants devant ce désastre.

Maintenant j’ai retrouvé des ami(e)s avec qui partager mes souvenirs. J’ai retrouvé ma Brigitte qui a partagé avec moi mon passage à la Ravoire, mais combien d’autres je n’ai pas pu retrouver ? Sylvie et Sylvie, Bernardino, Hachour, Marie Claire, Katie qui est partie rejoindre les anges depuis longtemps maintenant, Claudine, Albert, Yannick, Jean et tous les autres que je ne retrouverais jamais.

La Ravoire se meurt certes, mais rien ni personne ne pourra me faire oublier cet endroit, ce que j’y ai vécu. Rien ne pourra faire disparaitre la majesté du parc, l’école et ces bâtiments que j’ai appris à aimer durant mon bref passage là bas.

Les bâtiments peuvent disparaitre mais j’ai avec moi le souvenir de tout le temps que j’ai passé là bas.

Je continuerais à écrire et à décrire ma vie protégée de cette maladie, et ce sera le plus bel hommage que je pourrais rendre à mon passé certes, mais aussi rendre hommage à toutes les personnes, infirmières, médecin, aides en toutes sortes qui m’ont aidé à gagner ma vie sur cette maladie 

1 mai 2016

Les tubages

Analyses médicales

Le diagnostic des tuberculoses pulmonaires se fait en mettant en évidence, dans les crachats du patient, du bacille de Koch. Ces crachats sont examinés après les avoir prélevés le plus souvent par tubage gastrique à jeun le matin. Le tubage gastrique consiste à faire pénétrer à l'intérieur de l'appareil pulmonaire, un tube souple permettant de prélever par aspiration entre autres des glaires contenant le bacille de la tuberculose. Quelquefois, la mise en évidence du bacille se fait à l'intérieur des sécrétions trachéo-bronchiques qui ont été dégluties.
Quant à patient présente une atteinte de plusieurs viscères et est alors procédé à l'analyse du liquide prélevées au niveau des différentes membranes de protection des organes que sont le péritoineet le péricarde.

Les prélèvements peuvent également se faire à l'intérieur de l'urine, du liquide contenu dans les plèvres pulmonaires ou à l'intérieur du liquide céphalo-rachidien (qui est prélevé après une ponction lombaire).

Il est quelquefois pratiqué un prélèvement sur les organes comme par exemple le tissu osseux, les bronches, les ganglions ou les plèvres.

Les bacilles qui sont prélevés ne sont pas obligatoirement visibles à l'examen microscopique, raison pour laquelle il est nécessaire de procéder avant l'exploration microscopique à une mise en culture. Les résultats sont obtenus environ bout d'un mois.

Il existe des cas c'est-à-dire des patients pour lesquelles les prélèvements sont négatifs, autrement dit chez lesquels il est impossible de mettre en évidence un bacille responsable de la tuberculose même après avoir effectué une culture. Il est alors fait un diagnostic de présentation et non pas de certitude.

Ce diagnostic se base uniquement sur les symptômes que présentent les patients et sur les résultats des tests tuberculiniques. D'autre part sont recherchés également dans l'entourage du patient des individus susceptibles d'avoir été contaminés. Enfin les radiographies permettent d'orienter le diagnostic également.

http://www.vulgaris-medical.com/encyclopedie/tuberculose-pulmonaire-8034/analyses-medicales.html

Mme Gavard nous a confirmé qu'à la Ravoire il se faisait aussi des ponctions lombaires pour les tuberculoses méningées .. 

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5 février 2017

Nos soignantes

Nos soignantes sont encore en pleine forme ...

Mme Gavard a toujours sa voix si caractéristique et c'est encore une belle femme impressionnante de vitalité et toujours le mot pour rire .. la vie semble s'écouler paisible pour elle et elle a toujours le souvenir de notre enfance passée

La Ravoire est toujours aussi présente pour elle aussi et des souvenirs particuliers l'a transporté le temps de notre visite vers notre passé commun

Mme Scopel (qui veut toujours que l'on l'appelle que "Scopel") est toujours aussi alerte et drôle. Ses gestes n'ont pas changés et elle est toujours aussi charmante et gentille. Malgré les "saloperies" de la vie (oupss je sais .. je ne devrais pas) elle a gardé sa vitalité et sa gentillesse d'antan

Et Christiane Fivel .. handicapée dans un fauteuil roulant (elle a eu un accident sur ses marches d'entrée) elle n'en garde pas moins le souvenir de ce temps où la Ravoire est remplie de rires et de pleurs de notre enfance !!!

Toutes les trois sont débordantes d'énergie et cela nous fait un bien fou de nous retrouver autour d'une table pour se souvenir

Mme Massini aurait du être là mais la vie en a décidé autrement .. dommage pour nous ce sera pour une prochaine fois je l'espère

Comme cela fait du bien de retrouver toutes ces personnes qui ont pris soin de nous et de nos bobos. Leur souvenir était encore présent dans nos mémoires et de les voir nous a replongé 40 ans en arrière .. loin dans notre passé .. dans notre histoire !!!

Que de souvenirs évoqués en si peu de temps .. à parler toutes en même temps de peur d'oublier des anecdotes à ne pas oublier .. et ce temps qui passe si vite et qui ne nous laisse même pas le temps de savourer nos retrouvailles

Nous aurions pu rester encore des heures à évoquer les absents .. à pleurer la disparition de Maimaire ou du Docteur Vaquette (Mme Gavard ne se souvenait pas de son surnom).. à nous souvenir des autres et nous rappeler des instants volés à nos mémoires

Ce fut tellement court mais ce fut un moment de pur bonheur que de revoir ces dames qui ont passés tant d'années à voir défiler nos enfances. tant d'enfants à se souvenir et tant d'instants privilégiés à se rappeler en si peu de temps ..

Nous avons toutes fait un bond dans notre passé commun .. dans nos histoires partagées ensemble et à des époques différentes

Ces instants furent intenses à vivre et ils furent trop courts

Elles sont les témoins de nos vies passées. Elles sont les gardiennes de nos histoires communes et si différentes pourtant. Elles sont au fil des années restées ces dames qui prenaient soin de nos corps. Elles nous ont protégés des autres .. punis aussi et grâce à elles nous avons passé notre période à la Ravoire tant bien que mal, mais malgré tout dans un cocon protecteur qui nous faisait parfois oublier que nous étions malades

Comment arriver à leur dire merci ?

Merci de nous avoir soigné, d'avoir pris soin de nous et d'avoir pris le relais de nos parents absents. C'est vrai que tout n'a pas été rose entre nous mais le temps efface les erreurs des uns et des autres pour laisser la place à une galerie de souvenirs enjolivés. Merci d'avoir été nos soignantes.

Certains d'entre nous retournent au fil du temps revoir ce bâtiment pour se souvenir malgré tout que la Ravoire a été aussi un havre de paix dans nos maladies plus ou moins acceptées.

Merci Mesdames de votre bonne humeur et de vos rires communicatifs. Merci de vous souvenir de ces enfants terribles que nous étions parfois. Merci de vous souvenir de nous même si les noms s'entremêlent parfois.

Merci tout simplement

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1 mai 2016

La Ravoire se meurt ..

J'ai écrit ce texte en 2010 et aujourd'hui il est encore plus vrai .. la Ravoire se meurt et bientôt elle n'existera plus que dans nos mémoires

 

Au retour de notre séjour au pays de notre enfance, je n'ose pas mettre les photos de la Ravoire, car notre Ravoire se meurt !!!

Ce n'est plus qu'un bâtiment à l'abandon qui a souffert des ravages des squatters et des vandales. Ce n'est pas la faute à ce brave éleveurs de moutons qui a envahi la salle de cinéma et la cour du bas.

La Ravoire se meurt d'une mort lente et destructive, honteuse et désolée !

Ce bâtiment qui était si fier et si imposant n'est plus qu'une baraque à l'agonie !

Le Maire de Passy est un homme charmant et sa visite avec nous lui a montré l'ampleur des dégâts. Nos chambres sont ravagés, taguées pour la plupart et jonchées de détritus divers

La Chapelle est vide et esseulée de solitude. Nos prières sont dans les murs mais ne servent plus à la faire revivre ..

Le réfectoire est désert et ressemble plus à une poubelle qu'à une salle qui a contenu nos rires ..

Le Lazaret est lui aussi recouvert d'ordures .. de lampes cassées et reflète comme le reste du bâtiment une volonté extérieure à tout détruire

Les vandales se sont donnés à coeur joie pour détruire portes et fenêtres comme pour effacer notre passage. Même en fermant les yeux il n'est plus possible d'entendre nos rires et nos pleurs, comme si notre passage là bas avait été détruit par les vandales et les squatters.

Il faut s'attendre à la destruction de notre Ravoire, à moins d'un miracle elle ne pourra pas survivre encore éternellement.

Et pourtant au détour d'une porte fermée j'ai retrouvé un panneau de consigne de sécurité que j'ai pris comme une relique de notre passé. Une table de chevet que Monsieur le Maire m'a offerte car il a lui aussi compris que nous risquions d'être les dernières personnes à voir notre Ravoire encore debout.

Des projets d'école ont échoués et pourtant les enfants auraient pu profiter de ce parc immense .. de ces salles baignées de lumières et de ces terrasses donnant sur une vue imprenable sur le Mont Blanc et le Mont Joli

Que va t-il rester de notre histoire ? de notre passé ? Aucune stèle ne pourra faire revivre cet endroit ou raconter nos histoires. Bientôt la Ravoire sera autre chose et il ne restera peut être plus rien de tout ce que nous avons connu.

Et pourtant ce bâtiment est splendide encore et toujours. Le parc est de toute beauté malgré la désolation de l'abandon et les vitres cassées. Les arbres sont toujours en fleurs et respirent la nature renaissante. Mais c'est comme le chant du cygne .. la beauté de l'agonie avant l'estocade de la mort et de la destruction

Notre Ravoire pourra t-elle encore accueillir des enfants et revivre encore une fois des rires et des histoires personnelles des gens de passage comme nous ? Aura t-elle encore la chance d'entendre dans ses murs les espoirs et les envies de vivre que nous lui avons donné tout au long de ces années ?

Notre Ravoire se meurt et je n'arrive pas encore à mettre ces photos d'agonie.

Hier encore j'étais devant la porte d'entrée et je cherchais nos histoires, nos rires et je n'ai trouvé qu'un silence horrible.

Monsieur le Maire nous associera à tout projet concernant la Ravoire car si les jeux olympiques se passent à Annecy, notre Ravoire pourra servir d'hôtel à condition qu'un promoteur respecte le lieu et son histoire alors peut être que ce lieu de notre enfance connaitra une seconde vie.

Mais tout ce temps passé à ne rien faire de ce lieu est autant de temps à détruire notre histoire, notre passé, notre maladie.

Quand le Ravoire ne sera plus, alors il n'y aura plus rien de notre passage à Passy et nos histoires personnelles resteront dans nos mémoires et disparaitront avec nous. Ce que nous avons été n'existera plus non plus et il n'y aura plus rien pour raconter ce que nous avons vécu !

La Ravoire se meurt et ce que nous avons vécu là bas aussi 

 

La salle de cinéma

24 avril 2016

Le jour du départ et celui des arrivées .. (déjà publié)

Le jour du départ (ou de l'arrivée)

Je ne savais encore pas que je quittais un endroit qui allait compter toute ma vie.

Comme le jour de mon arrivée j'étais triste et j'ai pleuré. C'était d'ailleurs le cas de la plupart d'entre nous.

Je me souviens d'une jeune fille qui le jour de son arrivée a fait un malaise tellement qu'elle a pleuré. Et elle a fait aussi un malaise le jour de son départ.

C'est vrai que le jour de notre arrivée nous étions tristes - triste de quitter notre famille - nos proches et surtout nous avions peur. Peur de la maladie bien sûr mais aussi de ce que nous allions vivre.

Pour la plupart c'était une première séparation d'avec les proches

C'est vrai que les jours de tristesse à la Ravoire étaient ponctués par les départs et par les arrivées.

Mais à l'arrivée la tristesse partait bien vite. Il fallait bien se consoler et accepter ce que nous pensions être une prison.

Il fallait tout apprendre - les règles de vie - la discipline - les horaires - le groupe.

Mais quand j'ai quitté la Ravoire j'ai du réapprendre à vivre avec ma famille. Son histoire avait terriblement changé et j'ai eu le sentiment de ne plus faire partie de cette famille.

Ma sœur venait de se marier et j'ai du aller vivre avec elle en Alsace alors que moi tout ce que j'aurais voulu c'était reprendre ma vie là où je l'avais laissé - dans le sud !

Il a fallu que j'apprendre le caractère des alsaciens - le climat et qu'encore une fois je me refasse des potes - facile vous me direz quand on a 15 ans.

Le plus dur a été d'expliquer ma situation ; mon accent du sud avec un dossier scolaire de Haute Savoie. Comment expliquer cela en évitant de parler de ma maladie. Mes parents ont du expliquer aux profs pourquoi certaines fois je serais fatiguée, que je ne pourrais pas faire de sport comme tout le monde et pourquoi je ressemblais encore à un marshmallow à cause de la cortisone qui circulait encore dans mon corps et que je continuais à prendre

Ah oui parce qu'il faut dire que j'ai du continuer mon traitement médical à la maison. J'ai emporté le rimifon en Alsace durant 6 mois .. et si ce n'était que lui !!!

Bref pour moi le retour à la réalité n'a pas été vraiment une partie de plaisir.

Et surtout j'ai du quitter mes amies de la Ravoire et surtout Kate. Et j'avoue que cette séparation brusque a été vraiment un traumatisme

Je n'avais pas envie en plus d'aller vivre chez ma sœur mais c'était les ordres des médecins je ne devais pas être en contact avec mon père - la source de ma contagion - aussi longtemps qu'il n'était pas en rémission ..

Mon père était la tuberculose ambulante. Il a du faire au moins une vingtaine de rechutes et à la fin de sa vie la tuberculose était tellement contagieuse qu'il était dans un service spécial

De vivre chez ma sœur était une seconde punition. Je n'étais pas avec mes parents et ma famille avait changé. un étranger avait pris ma soeur et l'avais emmené vivre dans un autre pays

Parce que pour moi l’Alsace c'était l’Allemagne. Le plus dur à accepter en Alsace était le dialecte - rien n'à voir avec celui chantant des gens du sud. Une langue rude et dure comme sera le premier hiver que j'y ai passé

Je détestait tout - les gens comme le paysage haut en couleurs mais sans la moindre odeur.

Plus d'odeur de thym et de ciboulette et de toutes les odeurs qui sont la force du sud. Même la Haute Savoie avait plus d'odeur que ces paysages de forêts et de verdure

Quand je rentre dans le sud j'ouvre le plus grand possible mes poumons et je respire toutes ces odeurs qui me manquent tellement

Les premiers temps ont été une vraie torture pour moi mais je me suis fait rapidement des potes à nouveau et j'ai fini par aimer l'Alsace

Et la Ravoire est restée dans mon cœur enfouie durant des années ....

 

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15 septembre 2019

Retrouver de vieilles photos

En faisant des recherches dans mes archives personnelles, j'ai retrouvé des photos de l'époque de La Ravoire 

3 photos où les personnages semblent heureuses et loin de penser à cette maladie .. et pourtant ! Malgré ces beaux sourires et ces remarques côté face amusantes, nous n'étions pas forcément heureuses d'être là - Lire ces anotations  et se moquer de soi et sa naïveté d'ado ... 

Presque 50 ans plus tard ces photos sont les vestiges d'une époque révolue où malgré les épreuves nous n'étions pas malheureuses ou du moins en apparence. Mais revoir ces photos oubliées m'a fait revenir à cette période de ma vie et m'a rappellé l'insouciance de ma vie. Parce que finalement les choses étaient simples pour nous et compliquées en même temps.

Nous vivions une adolescence sans nos parents sur le dos - Ying et Yang - Pile et Face - Blanc et Noir .... Nous n'avions que le soucis de guérir et de rigoler - et là aussi toute la série "tout et son contraire"  !

Ma vie à La Ravoire a été faite de perpétuelles contradictions entre j'aime et je n'aime pas - je veux et je ne veux pas --- et ces photos en sont la preuve : le sourire malgré les épreuves 

J'ai très certainement gardé des "habitudes" de ces contradictions et j'arrive facilement à sourire sur des photos alors que ma vie n'est pas rose .. les épreuves restent maintenant derrière l'objectif ...

 

 

25 août 2019

J'écris parce que ...

Tout d'abord j'ai commencé à écrire ce blog pour honorer une des infirmières de La Ravoire - Mémère alias Christiane Maire - elle était en train de mourir et je ne voulais pas que toute la gentillesse qu'elle nous avait donné parte avec elle sans qu'il n'en reste rien ..

Je voulais aussi laisser une trace pour mes enfants, pour qu'ils sachent ce que j'ai pu vivre. Mais en fait, égoistement c'est pour moi que j'écris ! Ma thérapie des 60 ans ...

En fait, tout ce que j'ai pu ressentir en ayant été malade, en étant hospitalisée à La Ravoire, en étant séparée de mes parents à une age crucial il fallait que cela sorte

A 14 ans quelle tragédie d'être arraché à sa famille ! Qui peut se rendre compte de ce que j'ai pu ressentir quand du jour au lendemain je n'avais plus le droit de sortir jouer avec mes camarades - d'aller à l'école - de voir mes ami(e)s !

Cela a été tellement brutal et rapide entre le moment où on a dianostiqué ma maladie et mon départ pour La Ravoire que certains de mes copains ont cru que j'étais tout simplement .. MORTE !

Comment aurais je pu réaliser tout de suite que je partais pour plus d'un an sans ma famille ? Je n'ai pas eu le temps de faire mes adieux à mes endroits à moi de mon enfance .. de mon collège .. de tous ces ami(e)s qui avaient grandi avec moi .. j'ai disparu du jour au lendemain sans la moindre explication.

Je me suis volatilisée de mon chez moi ..

Durant plus d'une année je n'ai plus appartenu à ma famille -- j'étais loin de tout les êtres qui étaient avec moi depuis le début de ma vie. J'avais l'impression d'être punie, d'avoir fait quelque chose de mal !

Bien sûr mes parents m'écrivaient de temps en temps mais ce n'était pas comme aujourd'hui .. pas d'internet .. pas de skipe et même pas de téléphone à la maison ! Les seules communications étaient par courrier trop rares et où je recevais un peu d'argent de poche pour pouvoir m'acheter des timbres pour écrire et échanger avec les miens ! Au fil des mois les échanges avec ma famille se cantonnaient à "Je vais bien" -- "Je mange bien" -- "Je suis sage" -- "Je prends bien mes médicaments" -- "Vous me manquez" -- "Je pourrais avoir 10 ou 20 francs par retour courrier" ??

Les miens ont ils pensé que je découvrais aussi le froid sans y être préparée moi la fille du Sud ? Je n'avais pas "l'équipement" pour la neige et le froid et mes parents n'avaient même pas la culture du froid. Tout cela pour expliquer l'écart qui se creusait entre ma famille et moi ..........

Et puis au fil du temps j'ai retrouvé des ami(e)s, je me suis fait des souvenirs sans ma famille. Parfois je ne pensais même plus à eux ou quand je pensais à eux c'était parce que je n'avais plus d'argent !

Faire le voyage de Montpellier à Passy que ce soit en voiture - en autobus ou en train était long et pénible. Les routes n'étaient pas comme aujourd'hui. Et faire autant de kilomètres pour me voir 1 ou 2 heures max .. en tout j'ai eu 5 ou 6 visites en un peu plus d'un an et j'ai pu rentrer chez moi quelque temps pour le mariage de ma soeur ..

Alors j'ai recréé mon propre univers avec ma propre famille. Tous les souvenirs de mes 14-15 ans sont sans mes parents ! Ils sont avec Brigitte - Mes 2 Claudine - Kheira - Kate - Sylvie - Albert - Bernardino - Claire - Yannick - Mémère - Toto et tous les autres mais pas mon frère - ma soeur - ma mère - mes cousins cousines etc - mes copains et copines de Montpellier ..

Et encore une fois il a fallu repartir et tout quitter ! Et il a fallu que je retourne vivre dans cette famille qui m'avait abandonnée un peu plus d'un an avant et qui m'arrachait à mon cocon protecteur !

Je n'étais plus la même en revenant j'avais vécu une drôle d'aventure et je ne pouvais pas en parler ni à mes parents ni à personne !

Tout ce que j'ai ressenti à La Ravoire a du être enfoui durant des années et même si j'ai plus ou moins garder le contact avec Mémère, je n'ai pu partager tout cela avec personne

Mes parents voulaient que j'oublie et ils pensaient que c'était tellement simple de le faire qu'ils ne pouvaient pas comprendre ce que j'ai ressenti en partant. Et ce départ que j'ai à nouveau vécu comme une punition je n'ai pu le partager avec personne !

Quand j'écris j'essaie de faire passer mes émotions, de décrire ce que j'ai pu vivre, d'enfin partager avec quelqu'un ce que j'ai vécu et ressenti.

La disparition de La Ravoire a été d'une violence inouïe. J'ai pleuré mes souvenirs qui sont partie avec elle. J'ai pleuré mon passé méconnu de tous. J'ai pleuré mon impuissance à la sauver !

Il m'a fallu du temps pour me remettre à écrire parce qu'il a fallu que j'arrive à surmonter le "deuil" de La Ravoire. Et puis j'ai réalisé que mes souvenirs étaient à moi et que je pouvais maintenant les partager sans crainte du dégout des autres ..

La tuberculose appartient au passé.

Moi j'ai eu la chance de survivre à cette maladie et j'ai été séparé de ma famille un peu plus d'une année. D'autres n'ont pas survécu ou sont restés des années à La Ravoire

Maitenant tout cela c'est mon passé -- mon histoire et je continuerais à la raconter sauf si je n'ai plus rien à raconter -- plus de sentiments à partager !

30 novembre 2019

Mon fils

Je viens de te laisser entrer sur la page privée de facebook que nous avons avec les Anciens de La Ravoire.  Je te laisse du coup entrevoir ce que fut ma jeunesse et surtout ces quelques mois de mon adolescence qui ne fut pas la même que la tienne

Tu sais que j'ai été gravement malade, et tu connais déjà une partie de mon histoire mais maintenant tu pourras lire ce que je partage avec pleins d'autres et tu pourras comprendre pourquoi ces gens qui ne vivent pas près de nous - que parfois je ne connaitrais jamais - sont si importants pour moi

Bien sûr il y a ceux et celles qui partagent ma vie et qui me sont proches - sur facebook ou sur ce blog et même dans ma vraie vie mais il y a aussi un tas de personnes qui ne se manifestent pas mais qui ont vécu la même chose que moi - Nous avons tous en commun la même histoire

Ce n'est pas triste mais ce n'est pas joyeux - ce sont juste des souvenirs d'une adolescence pas comme les autres que je partage aujourd'hui avec toi

J'espère que cela te permettra de me connaitre un peu mieux et de savoir qui était ta maman avant ta naissance ...

A toi de lire ou pas  ....................................................................

21 septembre 2019

Guérir sans ses parents

Quand je pense à ma maladie, je ne peux pas inclure mes parents dans cette triste et heureuse aventure .. 

J'ai été contaminé par mon père parce que je ne prenais pas en compte les avertissements et les précautions de mes proches, et j'ai été soigné loin des miens.

Certes les moyens de communications n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui - pas de téléphone fixe à la maison - pas de portable - pas d'internet - pas de Whatsapp 

Mes parents devaient aller à une cabine téléphonique pas vraiment près de chez moi et demander à l'opératrice le "14" à Passy !!!!

Nous étions à l'ère des dinosaures de la communication  !!!

Et c'est pourquoi j'ai été coupé de tous les miens dès mon arrivée. Nous étions tous dans ce cas, nous étions tous logés à la même enseigne 

Nos parents nous écrivaient et nous téléphonaient parfois et c'était à nous de trouver la force de guérir et de supporter cette séparation

Mais pour nos parents ce n'était pas évident non plus. Comment une mère pouvait elle accepter cette séparation ? Je suis maman et maintenant je peux me mettre à sa place et essayer de ressentir ce qu'elle a du vivre elle aussi 

Mon père était lui aussi malade et il gérait sa maladie comme il pouvait mais il a voulu changer de sanatorium pour être au plus près de moi, pour que je puisse supporter tout cela. Il savait que la solitude n'était pas bonne .. même si je n'étais pas seule, je n'avais pas ma famille 

L'arrivée de mon père au Plateau d'Assy a marqué le début de ma guérison. Le traitement commençait à prendre !!!

Alors qu'un mois avant Toto nous avait annoncé une hypothétique opération, l'arrivée de mon père a renversé la donne à la grande surprise de tous

Mais pour ma mère c'était différend, elle n'était pas là, elle n'a pas "participé" à ma guérison ! Je peux remercier Toto, Mémère, et tout le personnel de La Ravoire, mais pas elle. C'est horrible certes mais c'est la triste réalité. 

J'en ai très certainement voulu à ma mère de cet état de fait, ce qui a du compliquer nos rapports après La Ravoire, mais j'ai l'âge maintenant de me rendre compte que sans le vouloir j'ai du lui en vouloir de ne pas m'avoir aidé à guérir 

Elle n'a jamais pu comprendre les sentiments qui m'ont toujours relié à La Ravoire, et je n'ai jamais pu ou voulu lui faire comprendre. Et durant des années nous nous sommes heurtées à mes souvenirs et à son incompréhension.

Quand Kate est morte, elle n'a pas pu m'aider à supporter cette perte car elle ne comprenait pas que je puisse "encore" être attachée à ces "souvenirs" !

Pour elle et pour ma soeur, j'aurais du tout oublier à la sortie de La Ravoire. J'aurais du les "remercier" de m'avoir sortie de cet "enfer"

Maintenant je me rends compte qu'elles ne pouvaient pas comprendre et que ces souvenirs qu'elles pensaient pénibles étaient les miens uniquement et que malheureusement elles n'avaient aucune place dedans.

Guérir sans mes parents est le souvenir le plus horrible que je garde de ma maladie. Cela a bouleversé la suite de ma vie et détruit la beauté de mes rapports avec ma mère et ma soeur

Mon père est mort un an et demi après La Ravoire.

Sa mort a été une injustice et j'ai du grandir et devenir une femme sans lui. Il est mort sans moi et je n'ai jamais pu le remercier d'être resté auprès de moi durant toute cette période. 

Ma mère est aussi partie et à elle non plus je n'ai pas pu exprimer mes sentiments car je n'en avais pas les moyens - je ne savais pas moi même --

Maintenant je sais mais il est trop tard ...............................................................

 

25 avril 2016

Mon passé de tubar

Et oui j'ai eu la tuberculose !

Maintenant que je suis une "grande" je peux assumer ce qui m'est arrivé. Ma famille a tout fait pour que j'oublie l'année passée à la Ravoire. J'ai perdu le contact avec mes amies restées là bas après mon départ et il fallait surtout pas que j'en parle ..

Si je devais expliquer pourquoi ce passage en Hte Savoie entre mon sud natal et l'alsace d'après je devais dire que j'avais eu de fortes crises de rachitisme soignées par des doses massives de cortisone !!

Ce n'était qu'un demi mensonge puisqu'effectivement j'ai eu un traitement lourd à la cortisone .. mais pas pour du rachitisme .. non non .. j'étais tuberculeuse. Mes parents se sont racontés des histoires de primo-infection sous le prétexte que cela aurait minimisé la gravité de la maladie. Ils affirmaient que jamais personne ne voudra se marier avec moi et mon passé du tuberculeuse ...

Mais depuis que je suis sortie de la Ravoire et jusqu'à ce que j'arrive à assumer cette horreur j'ai du vivre dans le secret et dans la peur que tout soit dévoilé. J'ai du mentir à toutes les personnes que j'ai connu durant cette période. Même à des gens qui ont compté pour moi

Ce n'est que récemment que j'ai dit la vérité à mes enfants et c'est pour eux que j'ai commencé à écrire. Grâce à mon mari j'ai pu apprendre à apprivoiser mon passé. Il a été la première personne qui connaissait la vérité sur ma maladie et qui ne m'a pas jugé. Au contraire il m'a aidé à assumer et je l'aime aussi pour cela

Presque tout ceux qui ont eu cette maladie ont vécu ce drame du "non dit" et presque tous l'ont mal vécu. Une ancienne du Roc des Fiz a écrit qu'elle devait parler à sa voisine que la fenêtre fermée. Tout comme elle, j'ai été humiliée par ces attitudes de rejet, tout comme elle je me suis sentie pertiférée et pourtant tout comme elle j'ai survécu à cette maladie

Pourtant grâce à cette maladie j'ai rencontré des gens qui ont façonné ma vie et 45 ans plus tard ils sont toujours dans mes pensées et ils font partie de moi à jamais.

25 avril 2016

Hommage à Christiane Maire -- notre mémère à nous tous

Je ne pouvais pas ouvrir un nouveau blog sans mettre à l'honneur notre chère et inoubliable Mémère ..

J'ai souvent écris que Mémère est celle qui nous reste en commun à toutes les époques ..

Elle a été plus qu'une infirmière pour nous

Tout ceux qui ont eu la chance de la rencontrer vous le diront "Mémère est inoubliable"

Son histoire .. sa vie .. tout a été fait pour qu'elle reste à jamais dans nos mémoires

Quand j'ai ouvert ce blog, je venais d'apprendre qu'il n'y avait plus beaucoup d'espoir pour elle, et je ne pouvais pas me résigner à la laisser partir sans dire au monde entier qui elle a été. Je suis toujours restée en contact avec elle et j'ai pu la revoir quelques mois avant qu'elle nous quitte ..

Elle a élevé des enfants des autres .. elle les a éduqué à devenir des hommes et des femmes responsables

Qui ne se rappelle pas de Mémère et sa moto et ses chants religieux ?

Qui ne ne rappelle pas de ses (presque) retards et de ses arrivées tonitruantes à la Ravoire pour prendre son service encore équipée de ses chaussures de montagne ?

Elle était crainte et surtout respectée. Avec elle pas question de se plaindre. Elle avait une manière toute particulière de nous faire passer les moments où nos familles nous manquaient

Elle savait quoi faire dans tous nos moments de doute et de pleurs mais aussi elle était notre complice et notre amie

Elle n'a jamais accepté que nous restions à nous apitoyer sur notre sort et elle n'avait pas son pareil pour régler les problèmes de nos crises d'ados

Nous étions "ses enfants" et sa manière montagnarde de nous bousculer nous a fait passer des moments inoubliables à la Ravoire. Elle nous a fait découvrir sa montagne .. la petite rivière et tous ces endroits merveilleux qu'elle connaissait par coeur

Pas question quand elle était là de faire passer la perfusion à toute vitesse .. et surtout avec elle il était impossible de faire éclater des veines pour éviter les perfusions durant plusieurs jours. Elle nous menait à la baguette mais nous l'aimions tous

Alors comment l'oublier ? Comment ne plus penser à elle et à ce qu'elle a été ?

Elle fait partie à jamais de nos souvenirs et elle restera vivante dans nos coeurs tant que nous penserons à elle

Chaque génération d'enfants hospitalisés à la Ravoire se souviennent de cette personne hors du commun entre le personnage rustre et dur et la personne d'amour et d'abnégation qu'elle a été

J'aurais tant voulu la revoir .. j'aurais tant voulu partager encore avec elle ma visite à la Ravoire

D'elle j'ai appris qu'il ne faut pas s'apitoyer sur son sort et que l'amour des autres doit toujours être plus fort que l'égoïsme facile

Même la fin de sa vie est un exemple .. elle n'a jamais eu peur de partir pour elle mais pour les autres .. ses enfants qu'elle allait laisser .. elle était encore tout sourire et elle respirait encore la joie de vivre alors qu'il ne lui rester que quelques semaines à vivre

Elle parlait de sa vie comme de sa mort avec détachement et humour. Elle devait souffrir de sa maladie mais elle n'en montrait rien

Elle pouvait rire de son prochain départ comme une étape obligatoire de sa vie. Même dans la maladie la plus horrible elle a gardé sa dignité et son sourire. Elle parlait de sa montagne avec amour, et le souvenir de ses promenades illuminait son magnifique visage d'une joie intense

Comment ne pas être encore plus respectueux devant une femme qui a toujours lutté plus pour les autres que pour elle ?

Elle restera à jamais dans ma vie

25 avril 2016

Encore un vieux message de mon ancien blog

Quand j'ai ouvert ce blog ..

Je ne me doutais pas qu'il m'apporterait autant de joie

Au début je voulais poser mon histoire pour que mes enfants sachent qui était leur maman .. je ne pensais pas que je pourrais rencontrer d'autres personnes qui ont vécu la même histoire que moi

Je voulais aussi raconter ces souvenirs qui s'éloignent chaque jour pour que je puisse les retrouver quelque fois

Et puis Patrick a lu mon blog et il m'a écrit .. et ensemble et grâce à lui j'ai continué la recherche de mon passé

Quand Didier est venu nous rejoindre je ne croyais pas que je pouvais toucher des gens par ces écrits .. et puis tout s'est emballé très vite et maintenant ce blog et le forum (malheureusement en panne) ont généré près de 40 membres

Et que dire des trouvailles ou de nos rencontres .. là encore c'est Patrick que j'ai rencontré en premier. Nous ne nous connaissions pas mais notre passé commun nous a réuni

Ensuite Bleuette avec qui je suis partie à la Ravoire et maintenant Didier et Josiane et tant de contact par mail ou par téléphone

Ce blog est une richesse pour moi car je partage avec vous tous mes souvenirs et mon passé. Certes nous n'avons pas les mêmes histoires à raconter et les mêmes souvenirs à partager mais nous avons un lieu et une maladie en commun et cela nous rapproche tous ..

Alors nous avons perdu un forum mais il ne faut pas que ce blog tombe dans l'oubli et c'est pour cela que je vais encore et encore alimenté ma mémoire et un de la vôtre à vous tous ..

Merci à vous tous qui venez lire ce blog et partager mes souvenirs .. merci de vous souvenir de notre chère bâtisse et de notre passé commun ..

Merci aussi à tous ceux et toutes celles qui viennent lire sans se manifester .. ce lieu est le vôtre .. ces souvenirs sont les vôtres ..

Merci aussi à tous ceux qui m'encouragent à continuer mes délires et mes histoires .. Merci

9 août 2019

A la recherche de notre passé (encore ..) !!!

67832593_2490520414331963_2280710544224681984_nMichel a eu la délicate mission d'aller aux archives de Hte Savoie suite à notre demande pour chercher des douments concernant La Ravoire et pour le moment voilà ce qu'il a trouvé ..

67836389_488262932004450_2737254186126147584_o

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5 avril 2018

Un autre contact

Bonjour
Mille fois merci pour ce diaporama, quel bonheur et quelle tristesse de voir cette période de ma vie anéantie à jamais,c est vrai il me reste tous ces beaux souvenirs graves dans ma mémoire et dans mon coeur


J y suis retournée en 1975 ,avec une nostalgie profonde, toutes mes amies,le personnel soignant me manquent toujours autant
Je M appelle marie Christine fiquet épouse gricourt ,aujourd hui

J ai 62 ans, je suis arrivée en janvier 1970 et je suis repartie en juin 1971.J ai vécu cette catastrophe du roc des fiz,je me souviens que la ravoire avait hébergé beaucoup de ces petits pentionnaires complètement désorientés,mon amie Anita fourneau qui venait de là, avait perdu ses 2 petits freres,je ai conservé un 33 tour d Adamo,qu elle M avait donné et qui appartenait à ces garçons qui sont décédés


J ai passé tellement de bons moments avec mémère, Mme gavard, melle bourguignon,Mme baron ,et toto etc etc
Mes amis,Patrick Roussel, Chantal Potier,Marie josee Bovy, Anita Fourneau,la liste est grande,tous perdus de vue,sauf Chantal par courrier, au moment de la bonne année


Encore merci pour ce blogspot et surtout au plaisir de vous lire,je le espère
Marie christine

5 février 2017

Nous étions des enfants

Nous étions des enfants ..

Et la vie ne nous a pas fait de cadeaux .. du moins c'est ce que nous aurions pu croire en arrivant à la Ravoire. Nous allions être séparés de nos familles .. de nos amis et nous ne savions pas ce qu'il allait nous arriver. Le mystère d'une nouvelle vie s'ouvrait à nous.

Très vite, nous prenions nos marques, comprenions le règlement, le rythme de vie, bercé entre les cures et les médicaments.

Très vite, nous comprenions que notre séjour serait long et que parfois il serait difficile. Il nous fallait accepter notre nouvelle vie, nos nouveaux amis et toute une armada de soignantes.

Le tubage reste quand même pour nous tous, notre bizutage, notre billet d'entrée parmi les autres qu'il nous faudra apprivoiser comme ils devront apprendre à nous connaitre.

Il nous fallait passer par cette torture avant d'avoir le droit de vivre avec les autres ou de rester cloitrée quelque temps dans notre chambre. A mon époque, la dernière "saison" pour la Ravoire, nous n'avons eu guère que Joakhim d'aliter au Lazaret, mais lui ne devait certainement pas avoir que la tuberculose.

Lors de notre visite, Bleuette et moi avons pu constater que nous avions eu les mêmes chambres à des périodes différentes. Nous avons dormi dans le même lit très certainement, à quelques années d'écart, et maintenant nous avons enfin fermé le cercle. Nous nous sommes retrouvés à travers le temps et l'espace ..

Combien d'entre nous ont partagé le même lit sans savoir qu'un jour nous serions en quête de nous retrouver ? Ai-je une fois pensé que presque 40 ans plus tard je retrouverais une ancienne qui avait vécu au même endroit que moi ?

C'est marrant de voir nos destins se croiser encore une fois, pour cette fois se rencontrer enfin.

Nous avons tant en commun sans le savoir, toutes ces aventures que nous avons vécu à quelques années de distance, pour se perdre et se retrouver au gré d'une connexion internet !!!

Certains d'entre nous ont passé 4 - 5 .. 10 ans dans les sanatoriums, comment ont ils pu se reconstruire en famille après tout ce temps ? Comment ont ils pu évoluer dans une famille qui n'était plus la leur durant tant d'années ?

Je pense à Marie Lyse qui a passé en tout 8 ans loin de sa famille entre maladie et rechute opération et enfin guérison !!! Comment a elle fait pour se retrouver parmi les siens ?

13 mois loin des miens a suffi pour creuser un fossé d'histoire entre ma famille et moi. Je ne pouvais partagé ce que j'avais vécu, car personne ne pouvait comprendre qu'en 13 mois j'ai pu m'attacher à mes ami(e)s et à mes soignantes et que ces personnes ont pris la place que la maladie a volé à ma famille.

Nous étions des enfants et la vie nous a volé un pan de notre histoire pour mieux nous en donner une autre. Notre destin était il de rencontrer ces BK et de transformer à jamais notre vie ?

Qui serions nous maintenant si nous n'avions jamais connu la Ravoire ? Parfois je me pose cette question et je ne peux imaginer ma vie sans ce passage obligé de ma vie.

Je n'aurais pas pu être qui je suis maintenant sans la Ravoire, maintenant j'ai compris que la vie m'a pris quelque chose pour me donner autre chose et que je ne saurais jamais si j'y ai gagné au change

Nous étions des enfants loin de nos familles et nous sommes devenus des grandes personnes maintenant.

26 novembre 2016

Merci à Eliane pour ce texte ..............

La RAVOIRE cette vieille dame n'est plus elle est partie emportant avec elle le souvenir de millier d'enfants et ados.

Elle résonnait encore des peines et des joies de tous ces enfants qui y ont recouvré la santé, qui en sont repartis la tête pleine d'amitié éphémère ou durable!!!

Nous avons rendus hommage à la RAVOIRE et à son personnel si dévoué aujourd'hui disparu et à ceux qui sont encore là et qui ont laissé dans notre cœur une empreinte indélébile de l'affection qu'il nous ont prodigué remplaçant pour un temps nos Parents,

Merci la RAVOIRE repose en paix tu as fait ton devoir tu resteras gravée dans nos cœurs comme un souvenir doux et mélancolique!!!

Vive la vie que tu nous as rendue MERCI A TOUS!!!!

25 avril 2016

Assumer la tuberculose

Nous étions encore des enfants et nous avons du faire face à une horrible maladie et nous étions dans les années 70

En plus de vivre une maladie pas si simple il a aussi fallu que nous assumions notre hospitalisation en sanatorium loin de nos familles et de tout ce qui nous a construit mais aussi la honte que cette maladie engendrait

Certains n'ont pas eu à vivre avec cette culpabilité que nous a imposé nos proches, mais d'autres comme moi ont du apprendre à mentir sur notre maladie.

Quitter notre cocon familial a été une horreur car nous ne savions pas de quoi serait fait notre avenir. Cette maladie faisait peur car elle était encore mortelle.

L'hospitalisation est une chose mais la maladie ..........

Ma famille n'a pas pu admettre que je puisse avoir la même maladie que mon père, celle de la honte, car elle était signe de pauvreté et d'insalubrité

Des personnes célèbres ont aussi été atteint de cette maladie mais comme pour le cancer le "mot" n'était pas dit

J'ai du inventer une maladie sur rachitisme du à la croissance pour justifier mon hospitalisation et souvent je me pose la question de savoir si les gens m'ont cru.

Quand je suis rentrée à la Ravoire j'étais rachitique et quand je suis sortie j'étais bouffie par la cortisone ...

Jusqu'à récemment je ne pouvais pas parler de ma maladie car j'avais encore cette honte véhiculée par mes proches.

J'ai cru que les maladies comme le cancer et le Sida feraient disparaitre cette honte .. mais non et encore aujourd'hui il n'est pas facile de parler de cette maladie.

J'envie les gens qui ont eu une famille suffisamment intelligente pour ne pas faire porter ce poids sur mes épaules d'enfant .. j'envie tout ceux ou celles qui peuvent me dire qu'elles ont pu parler librement de leur maladie au cours de leur vie, car moi je n'ai pas pu. Les différents blogs que j'ai ouvert m'ont permis d'en parler et de faire partir cette honte.

Je n'ai plus honte d'avoir été malade ..

Je n'ai plus honte d'avoir été tuberculeuse ...

J'assume maintenant car cette maladie m'a apporté tellement de bonnes choses .. j'ai grandi grâce à elle, j'ai appris la tolérance envers les autres, j'ai appris ce que je suis

 

24 avril 2016

Ecrire à nouveau (déjà publié mais remis au gout du jour)

Ecrire à nouveau

J'ai un peu de temps actuellement. Ma vie professionnelle est en train de périr et je dois reprendre le gout de raconter la suite de mon histoire à la Ravoire

Cela a fait 45 ans que je suis rentrée et bientôt 44 ans que je suis sortie ..

Déjà 44 ans !!! Toute une vieJe me repenche sur ce passé car si je n'avais pas été à la Ravoire je ne sais pas si je serais devenue la femme que je suis

La maladie des autres ne m'aurait pas affecté car je sais la solitude qu'engendre la maladie .. je ne serais pas devenue combattante celle qui ne renonce pas

Avoir une sale maladie comme la tuberculose m'a donné très tôt le sentiment que rien n'est figé dans la vie et que tout peut basculer à la minute suivante. Rien n'est acquis non plus et tout peut être enlevé immédiatement.

Les certitudes - le sentiment d'être immortel - se réduisent à néant quand très jeune nous devons supporter une maladie aussi lourde

Ce qui me reste de cette maladie maintenant c'est mes souvenirs et surtout le regard effrayé des radiologues qui voient les radios de mes poumons pour la première fois. Car ma tuberculose se voit encore mais à condition d'aller fouiller au plus profond de moi

Ce passé est donc toujours là - invisible pour tous mais présent. Comme mes souvenirs qui sont encore là et bien là

Les siestes - les promenades - l'école - les perfusions - Maimaire - et toutes les infirmières qui ont veillé sur nous tous

Bien sûr quand j'étais à la Ravoire je ne savais pas que je passerais un an de ma vie à me fabriquer des souvenirs que j'exposerais 40 ans plus tard et pourtant

Je me rappelle les perfusions qui étaient censées me soigner et quand je vois les aiguilles d'aujourd'hui je comprends pourquoi j'ai encore des séquelles de ces monstres qui nous transperçaient les avants bras ..

Rester quelques heures tous les jours à ne pas bouger et à attendre que le produit passe ce n'est pas naturel pour une gamine de 14 ans qui a envie de bouger ou de faire autre chose. J'ai vécu ces moments comme une punition. Rester clouée au lit alors que les autres pouvaient bouger - aller à l'école - s'amuser - m'a donné un sentiment "pourquoi moi"

Et pourtant c'était moi qui était couchée à attendre - c'était moi qui supportait cette horreur et cette maladie. Nous étions tous malades mais égoïstement seuls devant cette saloperie qui aurait pu nous tuer et nous faire disparaître

C'était moi qui devait supporter la solitude de ne pas être avec ma famille et mes amis. C'était toujours moi qui devait comprendre ce qui m'arrivait et qui devait essayer de le gérer au mieux

Nous étions des enfants qui ont grandi trop vite durant une année et qui ont gardé ce souvenir enfoui. Et voilà que maintenant dans la dernière partie de nos vies ces souvenirs reviennent.

Je me suis rendue compte de la chance que j'avais d'avoir eu cette maladie que ces dernières années quand les souvenirs sont venus et revenus

5 avril 2018

Un témoignage .. Fabrice

En voyant le tas de gravats au premier plan, j'ai du mal à me figurer qu'au même endroit, s'élevaient trois étages d'immenses balcons, face au Mont-Blanc et à la vallée juste en-dessous...

Trois étages assis sur l'ancienne salle de cinéma au rez-de-chaussée. En 1997 et 1998 en ce qui me concerne, et jusqu'à la fermeture de La Ravoire en l'an 2000, la salle de cinéma en question était devenue notre salle de concerts : eh oui, La Ravoire en tant que colo de vacances SNCF hébergeait plus particulièrement la Musique, en tant qu'activité principale ! Guitares, basse, batterie, piano, flûtes, percussions et j'en passe... C'était aussi notre "discothèque", qui accueillait nos traditionnelles "boums" !

Que de souvenirs en ces murs, de bons et de moins bons... Pêle-mêle : je te revois encore, Mélanie, glissant dans l'escalier et dégringolant la dernière volée de marches menant à la salle de concerts, et répétant ensuite pendant une heure "Aïe !", tout en riant à moitié ; je te revois, Aurore, dans ta chambre du deuxième étage en train de préparer le "café à l'eau de douche"... Oui, il faut vous dire : malgré le café au lait du matin, un petit nombre d'entre nous buvions encore du café noir, en cachette des moniteurs...

Rétrospectivement, je réalise que c'était presque aussi idiot que de se cacher pour fumer ! Aurore avait bricolé une "cafetière" de fortune avec une bouteille en plastique dont elle avait découpé et retourné la partie supérieure (le goulot), pour s'en servir d'entonnoir ; un mouchoir en papier faisait office de filtre, où elle mettait le café (acheté discrètement lors d'une sortie du centre) ; à ma question "Mais pourquoi tu ne prends pas l'eau chaude aux lavabos de la chambre ?", elle avait répondu "Je trouve que l'eau de la douche est plus chaude !"... Voilà, chers anciens de La Ravoire, une partie de nos petits jeux idiots lorsque nous avions 15 ans et dont je ris encore maintenant !...

Je nous revois, Yoann, Xavier et moi-même, entrant dans les chambres des filles en leur absence, pour y mettre le bazar : après notre passage, on aurait pu croire qu'un ouragan était passé par là !... Je revois enfin et surtout, un certain après-midi du 21 juillet 1997 (veille de notre départ) ; étant à ce moment-là dans ma chambre située dans le bâtiment du haut, près de l'entrée principale du centre, je n'avais pas assisté à l'accident en direct : Aurélie, téméraire, avait cherché à enjamber la jonction perpendiculaire des balcons, là où ils se rejoignaient à hauteur de la terrasse extérieure du premier étage... et elle était tombée, d'une hauteur de quatre ou cinq mètres, au moins. Chère Aurélie, tout ce que je revois de cet après-midi là, c'est l'ambulance qui t'emportait : dire que nous nous étions brouillés peu avant, pour des bêtises, et que tu avais eu cet accident juste à la fin de notre séjour à La Ravoire, sans nous laisser le temps de nous réconcilier. J'en avais pleuré de dépit le soir même... Heureusement, tu m'écrivais peu après, alors que tu te rétablissais doucement de ta chute, et un an après, La Ravoire nous donnait l'occasion de nous retrouver ! Quelle chance tu as eue de ne pas mourir ou de rester handicapée...

Si moi, je ne t'ai pas vue tomber du balcon, une s'en souvenait encore très bien des années plus tard, par contre : Béatrice alias "Brigitte" ! Elle entendait encore ton cri suivi d'un bruit mat sur le sol, et te revoyait, toi, par terre au bas de l'escalier extérieur... Chers anciens de La Ravoire, chère Marie Walter, lorsque vous êtes revenus sur les lieux avant leur démolition, vous avez sans doute remarqué la grille dissuasive, installée à la jonction des balcons du premier étage ? Elle fut posée après la chute d'Aurélie, pour prévenir de nouveaux accidents ; et pour nous, elle fut un petit frisson rétrospectif, quand nous l'avons trouvée à cet endroit un an après l'accident de notre amie...

En 2004, quand je suis revenu à Passy avec Béatrice, La Ravoire était déjà à l'abandon depuis quatre ans : mais la grille, monument de sinistre mémoire, était encore là... Ironie du sort, ce fou de Jérôme qui nous accompagnait l'avait quand même enjambée pour accéder au balcon et nous ouvrir la fenêtre de la chambre donnant de plain-pied sur la terrasse : heureusement pour lui, il n'est pas tombé ; Béatrice et moi n'étions pas tranquilles en le voyant faire, et pour cause !!... Voilà : tout ceci à disparu désormais. Les bons moments, comme les mauvais, sont partis avec les murs sous les coups de la pelleteuse... Mais les souvenirs restent bien vivants dans ma mémoire. En voyant sur les photos ci-dessus, les restes du dernier bâtiment, grignoté, écrasé comme une coquille d'oeuf, je revois le réfectoire et la bibliothèque, entre autres, qui s'y trouvaient, et où nous passions pas mal de temps. Et la pergola ? Qu'en ont-ils fait ? A-t-elle disparu avec tout le reste, ou a-t-elle été jugée digne d'être conservée en souvenir, comme un ultime vestige, un dernier témoignage de ce que fut cet endroit magique et magnifique :

La Ravoire. Chère Marie, chers anciens : ces murs, nous les avons connus à des époques différentes, avec des fonctions différentes ; pour vous, c'était le sanatorium (1972 - 73), pour nous c'était la colo SNCF (1997 - 2000). Mais pour nous tous confondus, ce fut un éblouissement de jeunesse, un de ceux qui ne s'oublient pas : un épisode qui a compté, comptera toujours. La Ravoire vivra aussi longtemps qu'il restera quelqu'un pour se souvenir, tant que les cordes sensibles de la mémoire vibreront encore à l'évocation de ce nom, et des souvenirs lui étant attachés.

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