Canalblog Tous les blogs Top blogs Famille & Enfants
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
La Ravoire - Sanatorium
Publicité
25 janvier 2017

Mes camarades

Il y a quelques années j'ai joué une pièce de théatre sur Strasbourg qui a été financé par l'Europe et qui était un hommage aux Mères de la place de Mai en Argentine. Ces femmes ont lutté durant des années pour retrouver leurs enfants kidnappés durant la jnte militaire dans ce pays ..

Un moment mon personnage leur dit "Maintenant il faut oublier et passer à autre chose" ... certaines ont pu le faire et d'autres continuent le combat depuis tant d'années maintenant ..

Bien sûr La Ravoire n'est pas l'Argentine et ce drame d'horreur mais le parallèle est facile à faire quand on se rends compte que de toutes les générations nous sommes si peu à nous souvenir .. 

Durant toute ces années je suis restée en contact avec Mémère que j'ai vu plusieurs fois après la Ravoire. Elle ne changeait pas et elle était toujours la personne gaie et aimante que j'avais connu 

Quand elle a commencé son voyage définitif j'ai vécu cela comme une injustice. Si je ne faisais rien personne ne saurait qui elle avait été pour autant de générations d'enfants.

Et j'ai commencé à écrire, vite rejoint par Patrick et Didier qui m'ont soutenu et aidé. Eux aussi refusaient l'oubli de cette période de nos vies. Et maintenant 10 ans après avoir commencé, je ne peux faire que le constat qu'une trentaine de personnes partagent ce sentiment. Mais les autres où sont ils ? 

J'aurais pu croire qu'internet permettrait de retrouver plus de monde, ben non .. sporadiquement nous avons le plaisir d'agrandir notre cercle mais vraiment sporadiquement. 

Grâce à la volonté de Didier, notre archive, nous avons peu à peu la mémoire de la Ravoire qui se remet en place, grâce à ses recherches incessantes et grâce surtout à sa détermination de garder en vie cet endroit .. 

Mais les autres ? 

Quand je suis partie de la Ravoire, ma mère et ma soeur ont esayé de dresser une chape de plomb sur mes souvenirs - interdiction de poursuivre toute correspondance - interdiction d'en parler. Je devais OUBLIER !!!!

Et durant toute mon adolescence, j'ai laissé mes souvenirs partir, mais arrivée à l'âge adulte j'ai commencé à rechercher mes ami(e)s que je n'avais pas oublié.

Trop tard pour ma chère Kate qui est morte laissant 2 filles et un mari inconsolables. Il me restait Mémère et je n'ai jamais voulu perdre de vue celle qui avait été si gentille avec moi durant ces 15 mois à la Ravoire. Et elle aussi est partie.

De la Ravoire maintenant il me reste mes frères et mes soeurs de mon groupe, mes cahiers de là bas pas détruits et ce blog qui me force à me souvenir avant que tout disparaisse à jamais ..

Grâce à ce blog et à toutes les actions de Didier et des autres, la Ravoire restera en vie tant que le dernier sera en vie. 

Grâce à vous tous, nos souvenirs resteront gravés à jamais. Grâce à vous, les tubages, les siestes du silence, Mémère et tout les autres resteront en vie grâce à ces mots et grâce à ces photos.

 

100_0508

Publicité
4 février 2017

Bernardino

Ah ! Bernardino

Toute une histoire ! Il était le tombeur de ces dames, et c’est vrai qu’il en a fait des ravages ! Il draguait toutes les filles et toutes les femmes qu’il voyait

Il faut dire qu’il était charmant et avait un sourire ravageur et c’était un beau parleur

Nous avons toutes étaient amoureuses de lui. Il a jeté son dévolu sur moi dès mon arrivée, normal j’avais 14 ans donc dans la limite de son dévolu

A peine arrivée à la Ravoire, il a commencé à me draguer et à me faire croire que j’étais l’unique et la seule dans « sa » vie.

Il avait 18 ans et je ne sais plus pour quelles raisons il avait obtenu la permission de rester encore à la Ravoire, alors que l’âge limite pour les garçons était 16 ans, surement à cause de son charme magnétique.

Il portait en permanence une écharpe autour du cou, et il était gentil avec tout le monde.

Il avait ce charme italien ou portugais, bref un charme tout méditerranéen ..

Les anciennes de la Ravoire savaient qu’il draguait et charmait toutes les nouvelles, et elles nous avertissaient des ravages qu’il avait fait parmi les habitantes de la Ravoire.

J’avais 14 ans, et j’étais sous le charme de ce bel étalon jusqu’au moment où je me suis rendue compte que je n’étais pour lui qu’un « exercice » de drague. Il n’aimait pas les gamines inexpérimentées, et préférait clairement « les vieilles ».

Il dormait rarement dans son lit, pour le plus grand bonheur de certaines infirmières ou de certaines habitantes du village.

Mme Gavard l’aimait beaucoup, et souvent lors de nos « grèves de la faim », elle nous l’envoyait histoire de nous faire changer d’avis.

Il aimait bien souffler le chaud et le froid parmi nous, et j’avoue que je suis tombée dans ses bras rapidement, tout en restant platonique, comme je l’ai déjà dit, les merdeuses de 14 ans ne l’intéressait que pour le jeu de la séduction.

Il était gentil et charmant, charmeur et câlin et tout les garçons aimaient sa compagnie. Il rendait service à tous et à toutes.

Un jour, nous étions seul tous les deux dans la salle cinéma, il m’a demandé si je savais danser et comme j’ai répondu par la négative, il m’a prise dans ses bras et en susurrant dans mon oreille il m’a dit « J’aurais aimé que tu saches, pour te serrer encore plus fort .. » j’étais aux anges, il a voulu m’embrasser mais j’ai eu peur et j’ai reculée .. Non mais qu’elle idiote j’ai pu être ! J’aurais flirté pour la première fois de ma vie avec le tombeur de la Ravoire ! The Bernardino himself !

Je n’ai pas voulu raconter cette histoire à mes copines, mais il s’en est chargé mais elles m’ont toutes consolée en me disant que j’avais fait le bon choix, car il m’aurait brisé le cœur

Quelques temps plus tard, une fille de 16 ans est arrivée et j’ai perdu mon titre de « dernière arrivée »

Et en août, il est parti, après une nuit passée dehors de trop. Il est parti sans se retourner et sans nous dire aurevoir comme tous ceux qui partaient.

Il est resté un bon souvenir pour toutes celles qui ont eu la chance de le connaitre. Malheureusement, je ne pense pas que je pourrais le retrouver. Il reste une image, une icône de cette période. Il est ma première palpitation de ma vie de femme.

Bernardino, le tombeur de la Ravoire, grand, élancé, svelte, surprenant, élégant, raffiné, attentionné, dragueur. Il reste tous ces qualificatifs et bien d’autres.

Il a marqué par son charme l’histoire de la Ravoire en 1972, et il méritait bien que je lui consacre un chapitre de mon blog

 

Les copains de la Ravoire

IMG_20170130_170143

 

 

25 janvier 2017

Docteur Vaquette

Grâce à cet homme et à toutes les personnes qui ont pris soin de moi durant 18 mois j'ai survécu à une grave maladie à 14 ans .. je ne vous remercierais jamais Docteur Vaquette .. vous avez remplacé mes parents durant mon séjour à la Ravoire. Vous m'avez permis de devenir la femme que je suis. Reposez en paix

 

16174564_238739629869884_6743447325971209613_n

ravoire1180535163

Toto

 

 

5 février 2017

Archive d'un autre blog

La famille s'agrandit ...

par Ravoire72 @ Dimanche, Mai. 06, 2007 - 11:45:43

En août dernier j'ai crée ce blog sans trop y croire ...

Et maintenant la famille s'agrandit petit à petit ... Patrick contribue à ce blog c'est même lui qui l'a relancé .. et maintenant sa soeur vient de nous rejoindre

Quand j'ai ouvert ce blog j'y croyais pas trop .. et maintenant l'espoir renait

Je sais que l'on va finir par avoir de plus en plus de monde de différtentes époque qui vont venir nous rejoindre ... comme Patrick .. par hasard

Je suis contente que cette part de nos vies n'est pas mort .. je suis contente que ce que l'on aurait pu prendre comme un malheur est devenu notre force à nous tous

A vous deux je vous dit Merci de fond du coeur de faire vivre ce forum ...

Je vais vous ouvrir le nlog pour que vous puissiez vous aussi écrire des articles ...

Ce blog va s'agrandir je le sais maintenant ... tout est possible

13958031_1138871796220463_4127567401452119898_o

16 mai 2016

Par moments ...

J'ai l'impression d'avoir tout dit sur mon passage à la Ravoire et sur ma maladie

Par moments c'est l'inverse .. j'ai l'impression de ne pas en avoir assez parlé surtout dans ce monde où l'égoïsme est devenu religion 

Par moments je me dis aussi que je centralise tout et que de ce fait je pense avoir toutes les réponses à toutes les questions et par moments .. c'est l'inverse !

Parler de sa maladie aussi lointaine sans penser à tous ceux qui vivent une maladie quelconque, n'est ce pas de l'égoïsme et du nombrilisme ? 

En fait dans ce blog ce n'est pas de ma maladie que je voudrais parler mais du dévouement de Mémère et de sa gentilesse et à travers elle, je voudrais mettre en avant toutes ces infirmières et tous ces médecins qui se dévouent entièrement à leurs malades, car si nous avons tous guéri et que nous avons tous pu reprendre le fil de notre vie .. avoir des enfants et maintenant des petits enfants, c'est grâce à eux aussi

Mémère nous a aidé à traverser au mieux cette épreuve, et je voudrais remercier toutes les Mémères du monde en parlant de tout ce que la nôtre a fait pour nous.

Parler de Mémère c'est dire haut et fort que des personnes se dévouent pour les autres

Par moments j'espère du fond du coeur que ce blog aidera quelqu'un à comprendre que ces hommes et ces femmes sont des trésors que la vie a mis sur notre route

Mémère 1982

Publicité
26 mai 2016

Toutes les années recherchent des anciens

Nous sommes un groupe sur Facebook représentant pratiquement toutes les années de la Ravoire et toutes ces personnes recherchent des anciens ayant vécu à la même période là bas

C'est vraiment sympa de se retrouver et de partager quelques souvenirs 

Alors si vous passez par ce blog et si vous voulez nous contacter, vous ferez des heureux .. 

PHOTO RAVOIRE PASCAL

20 mai 2016

Une personne m'a demandé ..

Une personne de mon entourage m’a demandé pourquoi je m’étais mise à écrire sur mon passé de tuberculeuse ? Pourquoi j’avais ce besoin d’étaler mon passé de malade et pourquoi je tenais tant à retrouver ceux et celles qui avaient partagé mon histoire.

C’est vrai pourquoi ?

Parce que je suis arrivée à un âge où le passé est encore plus une attache du présent. Parce que je me rends compte que la femme que je suis devenue a été aussi forgé avec ce passé. Parce que je me rends compte aussi au fil des retrouvailles que je n’étais pas seule à vivre cette aventure.

Combien d’enfants qui ont ma tranche d’âge ont connu une Ravoire ? Ce n’était pas le seul sanatorium pour enfants ? Combien d’adultes et presque de séniors actuellement ont un jour du quitter leur famille pour se faire soigner de cette maladie dont les chances de survie restaient minces ? On mourrait encore de la tuberculose en 72, et même si la plupart des sanatoriums ont fermés leurs portes entre 73 et 76, des malades ont continué à mourir, à se faire opérer pour survivre, à suivre des traitement très lourds, à ne pas pouvoir vivre tout simplement comme les autres

A l’époque de mes 14 ans, la plupart des pré-adolescents vivaient chez papa-maman, plus ou moins bien, plus ou moins heureux en famille, mais ils se construisaient dans un entourage propice et régulier. Une famille, des amis, une école, et avec tous les tracas des enfants de cet âge là. Ils détestaient très certainement leur parents, qu’ils accusaient de ne pas les comprendre, et voulaient grandir au plus vite pour faire leur vie, dans les traces de leur famille.

Moi je n’ai pas eu cela. A cet âge ingrat des boutons d’acnés ou des projets d’avenir les plus fous, j’ai attrapé une maladie. J’ai quitté ma famille, et je n’ai pas connu cette période délicate qui nous plonge dans le monde des adultes.

Moi c’est Mémère qui m’a aidé à devenir grande, ce sont toutes les personnes qui m’entouraient à la Ravoire qui ont fait de moi ce que je suis.

Même le Curé qui nous chantait du Véronique Sanson tout le temps. Même Madame Michaud qui se planquait derrière ses mouchoirs si nous avions le malheur de tousser en sa présence. Et surtout le Docteur Vaquette, l’éternel play boy qui nous considérait comme ses enfants. Il a toujours été d’une grande tendresse envers nous tous, et il prenait toujours le temps de nous expliquer l’évolution de notre maladie.

Finalement cette période délicate, j’ai eu la chance de la vivre comme si j’étais en colonie de vacances, si on fait abstraction des piqures, tubages et autres tortures liés à notre situation.

L’école oui mais pas trop ..

Nous vivions tous ensemble, nous étions dans le même bateau, avec les mêmes préoccupations et les mêmes problèmes.

J’ai eu la chance de vivre tout cela, car au final cette maladie a été bénéfique pour moi, je ne suis pas morte, je n’ai pas fait subir à mon entourage le passage enfant-ado, et j’ai eu la chance de connaitre de belles personnes.

Voilà pourquoi j’écris. Pour que reste un petit peu de cette adolescence pas comme les autres, et pour qu’à travers mon histoire continue à vivre l’histoire des milliers d’enfants qui ont connu la maladie et qui en sont sortis plus grands. 

 

Le parc toujours aussi beau

29 avril 2016

Les amours à la Ravoire

Ah les histoires d'amour à la Ravoire .. j'aurais matière à écrire un roman 

Nous étions des enfants réunis dans une même maladie avec la même épée de Damoclès .. avec les mêmes préoccupations et nous avions du temps pour rêver d'amour et de liberté

Combien d'histoires d'amour sont nées à la Ravoire et ont continé après .. combien sont mortes après le départ de l'une ou l'autre .. 

Combien de serments d'éternité oubliés à jamais ..

Brigitte ma Brigitte et Alain se jurant l'amour éternel tous les jours .. entre deux disputes 

A l'époque nous "correspondions" ensemble .. mot magique pour dire que nous nous envoyions des petits mots d'amour en se jurant que personne ne pourrait prendre la place dans son coeur .. La Pergola était notre refuge à des smacks furtifs et à nos déceptions .. 

Nous étions dans l'innocence de notre début d'adolescents malades ..

Que de couples .. que de disputes .. que de ruptures .. que de serments éternels jamais tenus

Les couples d'un jour n'étaient plus les couples du lendemain et les rptures momentanées faisaient mal .. sur le moment pour s'oublier en "correspondant" à nouveau avec le même ou avec un autre ..

Brigitte et Alain .. quel couple !!! que de disputes et de ruptures pour un regard parfois .. combien de fois j'ai pu me battre comme des chiffonières avec ma Brigitte à cause d'Alain .. tout simplement parce que nous étions complices 

Ils se sont aimés et se sont jurés l'amour éternel et Alain est parti après la fête de Noël 72 laissant Brigitte dévastée le temps de se replonger dans une "correspondance" qui lui a fait oublier Alain qui lui a repris sa vie et n'a plus pensé à ses promesses d'amour éternel ..

Claire et Yannick .. qui ont fini par se faire virer parce qu'ils se sont retrouvés dans la salle ciné après le couvre-feu .. et toujours Brigitte et moi en éclaireurs .. malheureusement nous avions oublié que Mémère était beaucoup plus maligne que 2 gamines essayant de protéger ses amis .. 

Et Bernardino le tombeur des infirmières .. il faisait le mur la nuit pour retrouver des filles et des femmes à Passy .. il était beau Bernardino et lui aussi a pris la porte de la Ravoire parce qu'il avait poussé le bouchon un peu loin ..

Et moi .. avec Jean .. Bernardino .. avec Loïc .. Albert .. et bien d'autres .. 

Cela n'est jamais allé très loin au moins pour Brigitte et moi et nous sommes parties en toute innocence .. sauf que nous avons aussi brisés le coeur d'adolescents de Passy qui venaient nous rejoindre au plus près faisant des jalouses parmi les jeunettes du village qui finissaient par nous maudir ..

Comme quoi nous étions malades mais nous étions restés des enfants .. 

BRIGITTE ET ALAIN

 

1 mai 2016

Rimifon, PAS, tubage et autres "réjouissances"

Pour une fois je n’ai pas écrit cet article toute seule. J’ai demandé de l’aide à tous les anciens de la Ravoire présents sur Facebook pour qu’ils m’aident tous à replonger dans nos souvenirs de traitement.

Quand j’ai pensé à écrire cet article, je me suis vite rendue compte que je n’avais plus que des souvenirs assez flous. Même en relisant mon cahier journal je n’ai pas vraiment trouvé matière. Je parle des tubages, des piqures journalières, des gros médicaments, de la vitamine B1 B6, et surtout de tout ce qui me faisait vomir à ne plus manger.

La Ravoire n’a pas été un lieu de haute gastronomie, mais nous pouvions manger tout ce que l’on voulait et surtout dans des quantités astronomiques. J’en ferais un article, mais revenons aux traitements.

Marie-Claude (année 63/64) m’a fait une liste de tous les traitements qu’elle a subi et cela a allumé ma mémoire (je t’embrasse ma Marie-Claude). Eliane nous a rappelé que nous avons dévoré des tonnes de bananes avec nos traitements et surtout du fromage (de l’Emmenthal rien que cela .. )

Tout le monde se souvient des tubages (Pascalou en premier ..) mais le reste ????

Le lendemain de notre arrivée, avant même de pouvoir prendre le petit déjeuner, c’était pesée, prise de sang, et tubage !!! Ah les tubages, l’horreur pour nous tous !

Quand je suis arrivée à la Ravoire (premier logement dans la chambre de Brigitte .. ) j’ai été condamné aux perfusions quotidiennes. Au début c’étaient des grandes bouteilles avec un liquide qui n’était pas de la même couleur tous les jours. Ces perfusions nous étaient gracieusement installées pour toute la journée, et tout cela jusqu’au dimanche jour du Seigneur et de repos

Certaines infirmières avaient le don de nous « rater », et nous devions être piquée et repiquée plusieurs fois pour installer la perfusion. Mais Mémère, elle, c’était du premier coup, même dans une veine abimée par les échecs répétitifs. Je me souviens que les premiers temps ces perfusions duraient des heures et des heures et que nous n’avions pas le droit de bouger ou de lire ou de faire autre chose. J’ai vécu cette période comme une punition. Elles me faisaient vomir et je n’arrivais pas à manger.

Puis les bouteilles sont devenues plus petites, et toujours de couleur blanche, et là nous avions le « droit » d’accélérer le mouvement (le débit). Elles étaient censées durer 3 heures, mais uniquement quand Mémère veillait au grain sinon en 1 heure max tout était passé.

Au bout de quelques mois, les perfusions ont laissées la place au traitement oral, et comme Marie-Claude me l’a rappelé, nous devions prendre nos médicaments tous les matins dans le local des infirmières, juste avant de prendre le déjeuner.

Je me souviens du rimifon et de la vitamine B1 B6 que l’on prenait tous les jours .. des sirops pour la toux (ou pour nous faire tenir tranquille)

Durant mon séjour à la Ravoire, j’ai amélioré ma résistance aux piqures (quelque soit leur taille maintenant elles ne me font plus peur ..) et surtout j’ai perfectionné l’épaisseur de mes veines du bras. Ces dernières ressemblent encore et toujours à celles d’un drogué (on m’ souvent posé la question d’ailleurs ..) et il est toujours difficile de trouver une veine

Voilà le traitement en 63/64 .. Souvenir de Marie-Claude

« Nous avions de la streptomycine (1 piqûre tous les matins, au coup de sonnette nous défilions dans le local des infirmières), du P.A.S. (en perfusion puis en comprimés, des gros comprimés blancs, au bout de quelques mois, à l'arrêt des perfusions), le rimifon (petits comprimés blancs), les vitamines B1 B6. En 1963, nous étions quelques unes, à avoir du trécator IV en perfusion, en remplacement du P.A.S., puis je l'ai eu en comprimés. Alors je crois que c'était un peu à titre expérimental. Certaines ne le supportaient pas, moi je vomissais tous les après-midi et j'avais beaucoup maigri, j'avais des piqûres pour reprendre du poids (elles doivent faire effet maintenant!). Ensuite je l'ai eu en comprimé. Maimaire m'a avoué, quand je l'ai revu en 1982, que les infirmières n'aimaient pas préparer ces perfusions de trécator, je crois qu'elles en connaissaient les dangers. C'était un liquide jaune citron qui laissait un goût horrible dans la bouche. Voilà mes souvenirs Marie. J'avais tout noté mes traitements, je vais t'envoyer cela. Bien sûr, c'est le traitement que j'ai eu, selon la gravité de notre maladie, nous n'avons pas subi la même chose. Nous avions aussi des audiogrammes, je crois que c'était à cause de la strepto qui agissait sur l'audition, les tubages et des tomographies. Tout cela en 1963-64. »

J’ai cherché et trouvé sur le net toutes ces horreurs que l’on a pu nous donner et le Trécator IV est encore en service. La streptomycine est quand à elle toujours en service puisque c’est un antibiotique

Bref, tous ces traitements ne nous ont pas aidés et moi je me souviens des traitements à la cortisone qui m’ont fait gonfler comme une baudruche. Ces prises journalières étaient non seulement une torture mais elles nous détruisaient aussi le foie autant que le moral.

Malgré le « gavage » intensif des agents de cuisine comme Maman Dino, nous n’arrivions pas à manger correctement car notre estomac refusait parfois toute forme de nourriture, mais Maman Dino savait elle nous faire manger car elle connaissait nos pêchés mignons à nous tous.

Je me suis rappelé grâce à mes écrits de l’époque, qu’il m’arrivait ainsi qu’à Brigitte de faire la « grève de la faim ». Alors là c’était le branle bas de combat pour toute l’équipe médicale. Cela nous permettait de faire une pause dans nos traitements (surtout pas de prise de médicaments sans manger) et aussi de montrer notre mécontentement.

Quand nous étions en période de « Je refuse de manger na ! » nous avions certes la paix côté médicaments mais nous avions les infirmières sur le dos nous menaçant de tous les maux du monde : le classique : « Tu vas mourir et tu vas faire de la peine à tes parents » au « Si tu ne mange pas tu n’iras pas en promenade (ou au cinéma .. ou ailleurs) »

Et là encore et toujours la seule qui arrivait à nous faire manger même si nous étions au bord du vomissement perpétuel, c’était Mémère .. Elle nous emmenait en promenade ou chez elle, elle nous écoutait parler de notre vie, et de tous les malheurs que nous devions supporter

Elle n’a jamais utilisé avec nous les menaces traditionnelles car comment croire à « Tu vas faire de la peine à tes parents » alors que nous avions bien souvent le sentiment d’abandon. Non elle c’était l’écoute et le réconfort. Elle nous traitait comme ses enfants et grâce à elle nous avions une famille. Je crois que nous ne pourrons jamais lui dire à quel point elle a pu nous aider  

Quand à Maman Dino c’était la complicité. Elle savait nous faire plaisir, et elle avait toujours quelque chose dans la cuisine pour nous faire manger encore et toujours

En un mot, les traitements que nous avons tous subis étaient durs à supporter et ils n’ont fait qu’aggraver ce sentiment d’injustice et de révolte que nous avons plus ou moins inconsciemment vécu à la Ravoire. Ce n’est pas le meilleur souvenir que je garderais de cette période, mais comme les tubages, cela fait partie de mon passé, de notre passé à tous et à toutes ..

Merci à vous tous, mes ami(e)s de m’avoir aidé à me rappeler de toutes ces horreurs, mais il fallait bien en parler un jour, car la Ravoire n’était pas un

club de vacances loin de là, et si nous avons connu un bonheur embelli par les années, nous avons vraiment connu la souffrance et la peur

Le rimifon maintenant

26 novembre 2016

1974 - La tuberculose tue encore

Mon père est mort cet année là de la tuberculose. Multirécidiviste il devait pourtant s'en sortir. L'opération de la dernière chance devait mettre KO cette horreur, mais la veille de son opération son corps n'a pas supporté tant d'années de maladie, tant d'années de souffrances, tant d'années loin de sa famille et il est parti

Cette horreur a eu raison de son courage et de sa volonté de guérir.

Combien de "guérisons" pour replonger à nouveau dans l'enfer de la séparation avec sa famille

Combien de sanatoriums miraculeux qui n'ont fait que retarder la fin ?

Mon papa est parti, victime silencieuse de cette maladie honteuse pour certains.

Nous n'étions pas riches, mais nous n'étions pas pauvres. Mon père a rencontré cette horreur alors qu'il était gendarme en Algérie suite à des blessures par armes dans l'exercice de sa fonction.

Il a lutté durant 17 ans contre elle. Il a accepté tous les traitements et opérations qui auraient du le guérir, mais il n'est pas sorti vainqueur de ce combat inégal.

Combien de papas, de mamans, de grand-frères et soeurs ont eux aussi perdus cette bataille ? Moi j'ai réussi mais j'aurais aussi pu perdre 

Cette maladie revient encore et encore et toujours avec à la base la précarité des gens et des personnes. Mais ce n'est pas parce que les gens sont pauvres ou insalubres qu'ils peuvent être malades. Elle s'attaque à nous tous et il est dangeureux d'oublier son existence encore et toujours.

Mon papa est mort alors que l'on commençait à fermer les sanatoriums. Mon papa est mort de la tuberculose

Papa tout seul

1 septembre 2016

Sentiments

Si je ne suis pas arrivée à écrire tout ce que j’ai ressenti lors de notre périple à la Ravoire c’est, je crois, parce que je voulais conserver encore et encore tous les sentiments opposés et différents que j’ai pu ressentir ..

J’ai voulu conserver pour moi les mots

Tout a débuté dans « la joie et la bonne humeur » des retrouvailles et des découvertes des autres. Revoir Brigitte après 43 ans, 1 mois et demi après notre séparation a été merveilleux – magnifique – stupéfiant et aussi magique. Elle a partagé avec moi cette histoire et tout ce temps après nous étions à nouveau ensemble pour partager tout cela.

 

43 ans 1 mois et 20 jours plus tard exactement !

 

J’ai revu Didier et Josiane. Ils m’ont toujours soutenu dans mes actions et si j’ai continué à écrire c’est grâce à leur soutien et leur gentillesse. Josiane est une belle personne, gentille et à l’écoute des autres. Didier est mon moteur, lui aussi très gentil et surtout disponible. C’est peut être celui qui a été le plus marqué par son passage à la Ravoire, et il reste notre banque de données, car il rassemble tout ce qu’il peut trouver sur notre histoire commune.

Il a rassemblé toute une collection de cartes postales, d’articles de journaux, et toutes nos photos personnelles que nous mettons sur le net.

Ce sont vraiment des gens formidables et je suis fière d’être leur amie.

Et puis les autres que j’ai connu grâce au miracle d’internet, grâce à notre page Facebook qui nous rassemble.

Marie Claude qui nous a décidé à organiser cette expédition à la va-vite, c’est à elle que revient tout le mérite de cette aventure. Eliane, dynamique et souriante, Pascalou notre motard tellement sympathique, Mirielle et tous nos conjoints qui ont stoïquement partagés nos souvenirs « d’anciens combattants » ..

Je ne pouvais pas oublier Perrine et sa caméra qui a fixé sur film ce voyage inoubliable, et Mauricette qui a pris le temps de m’expliquer le traumatisme des gens de Passy après la catastrophe du Roc des Fiz. Il faisait très chaud et malgré tout nous sommes allés nous recueillir sur cette (petite) stèle qui rappelle aux passants que des enfants et des adultes sont morts dans la nuit du 16 avril 1970. Ces morts restent nos compagnons et nos amis à travers le temps et nos histoires. Nous ne les oublierons jamais.

Revoir Madame Scopel et Madame Fivel. Elle restent nos infirmières, nos anges gardiens qui ont pris soin de nous à travers les générations d'enfants et d'adolescents malades. 

Comment raconter ces deux jours de folie où nous avons vécu toute la palette de sentiments en même temps ? La joie de nous retrouver – l’euphorie de nos histoires communes – la découverte des autres et enfin la peine et la colère de voir notre Ravoire si fragile

Cet endroit a été notre rocher où nous avons accrochés une partie de notre adolescence pour nous sauver d’une horrible maladie. Il nous a donné la force de guérir. Il était tellement rassurant et plein de vie. Et maintenant ce n’est plus qu’une bâtisse vouée à la désolation et la destruction ..

Comment pouvais je écrire tout cela tout de suite après les avoir vécu ? 

 

20160814_102050

1 mai 2016

Quand je suis arrivée à la Ravoire ..

Entre le moment où j’ai su que j’avais la tuberculose et le moment où je suis arrivée à la Ravoire, il y a eu moins d’une semaine.

Moins d’une semaine pour encaisser la maladie, moins d’une semaine pour quitter tout ce qui faisait mon présent, mes amis, mon collège, ma cité, ma famille.

Moins d’une semaine entre cette foutue radio obligatoire au collège, et l’interdiction formelle de revoir quiconque hors ma famille. Moins d’une semaine pour aller voir le pneumologue de mon père pour se faire confirmer le diagnostique et trouver un sanatorium

Moins d’une semaine pour me retrouver dans un train avec ma maman et ma petite valise, direction la Haute Savoie. Pour moi c’était le bout du monde, je partais pour la Sibérie. Je suis du Sud, je suis une fille du soleil et de la mer, pas de la montagne.

A la gare de Sallanches nous avons pris un bus pour Passy et j’ai vu les premiers regards inquiets, personne à part ma maman pour s’assoir à côté de moi car tous les occupants du bus savaient où j’allais alors que moi je l’ignorais. Toutes ces personnes savaient que j’étais malade, alors que je pensais ne pas avoir de signe de cette horreur.

Nous sommes descendues à l’arrêt en haut du parc de la Ravoire, et nous avons descendues cette pente raide. Il faisait beau, même très chaud.

Quand nous sommes arrivées à l’entrée de la Ravoire, les infirmières m’ont prises en charge, et je n’ai pas eu le temps vraiment de dire au revoir à ma maman : « Je dois prendre le bus du retour ma chérie, tout se passera bien .. » et ma maman est partie.

Elle m’a laissé, abandonné, elle ne voulait plus de moi, elle aussi me fuyait. Je me suis sentie trahie par ma propre mère, elle aurait pu me garder près d’elle, me protégeait de cette horreur, mais non elle m’a tourné le dos ..

Je sais maintenant qu’elle n’avait pas vraiment le choix, qu’elle aussi aurait voulu me garder avec elle, près d’elle, mais elle ne le pouvait pas. Je sais maintenant qu’elle aurait donné sa vie plutôt que de me voir malade et dans l’incertitude de mon destin. J’étais son enfant, son bébé, et voilà que moi aussi j’étais malade, comme mon papa. Et comme mon papa il fallait attendre pour savoir si je pourrais survivre à cette maladie.

Je n’ai pas eu le temps de réaliser vraiment ce qui se passait, je me suis retrouvée dans une grande chambre claire et spacieuse. C’était l’heure de la sieste, et déjà l’infirmière me demandait de ne pas faire de bruit pour ne pas déranger.

J’ai rangé mes affaires dans une des armoires, et j’ai attendu que quelqu’un s’occupe de moi ou me dise quoi faire. Dès que l’infirmière fut partie, j’ai vu débarquer tout un troupeau de filles curieuses de voir si la nouvelle allait pleurer.

« Tu viens d’où ? Tu as quel âge ? Tu t’appelle comment ? Tu as quoi ? Tu as envie de pleurer ? Tu trouveras des draps et des couvertures dans l’armoire ? Ton lit de cure est ici »

Ne pleure pas Marie, surtout ne pleure pas ..

Mes nouvelles copines m’ont expliqué comment la Ravoire fonctionnait et ce qu’il allait m’arriver. Puis une infirmière est venue me chercher pour faire des radios, une prise de sang et toute une batterie d’examens. J’ai passé ma première nuit au Lazaret, à côté de la salle des infirmières et j’ai refusé de manger.

L'arrivée à la Ravoire

La routine a vite pris le dessus, les habitudes s’installent vite, et j’ai vite oublié ce sentiment d’abandon que j’ai ressenti quand ma mère m’a tourné le dos pour reprendre son bus. 

9 mai 2016

Qui a peur de ...

Les méchantes bacilles de Koch au « charmant » surnom de BK, sont responsables de tout un arsenal de maladie, dont la tuberculose, mais aussi avec ses copines, les bacilles de Hausen, de la lèpre .. (j'ai décidé que ce sont des femelles les bacilles ..) 

Voilà une des raisons qui est (peut être) à l’origine de la peur de la tuberculose

Risquer de perdre son nez (ou autre chose ) et en plus avoir les poumons en révolution, il y a de quoi faire peur au plus gentil de tous les robustes généreux et tolérants de la terre non ?

Il faut se rendre compte que ces tous petits bacilles sont responsables de la mort de millions de personnes dans le monde, que ce soit à cause de la tuberculose ou de la Lèpre.

La peur de la lèpre remonte en Europe à la nuit des temps et les épidémies n’ont pas arrangé « nos » affaires ..

Pourtant, c’est chouette pour moi, c’est soit la lèpre soit la tuberculose, j’ai choisi et pour moi ce fut la tuberculose

Les bacilles de ces deux maladies sont « cousins-cousines », ce qui explique que nous les tubars on nous a mis tant à l’écart de la vie des autres .. nous sommes les lépreux de la tuberculose !!!

Et en plus, ces gr@@@@ bactéries sont des micros, parce qu’elles ont peur de se montrer en plus, ce sont des lâches, et nous ne pouvons que remercier Robert (Koch) pour avoir mis le nez dessus et pour réussir à trouver un traitement, sans cela je ne serais pas là à écrire des kilomètres d’inepties, histoire de dédramatiser un peu la maladie

Certains et certaines d’entre nous ont connu une mise à l’écart radicale, et d’autres rien du tout, peanuts, whalou, nada

Comme quoi même dans la maladie nous ne sommes pas égaux ..

Bref, tout cela ne règle pas notre problème :

Pourquoi la tuberculose a fait si peur ?

Pourquoi même encore aujourd’hui, près de 40 ans après, les personnes concernées ne veulent surtout pas que cela se sache ?

Pourquoi pourquoi pourquoi et pourquoi !!!!

L’époque ? les gens ne savaient pas à quoi s’en tenir et pas de Marc Zuckerberg pour inventer Facebook avant l’heure .. , nous sommes dans les années 70 à la fin de l’épidémie

La misère de d’après la guerre ? certains d’entre nous ne venaient pas de famille aisée ou riche, mais d’autres oui (pour une fois la maladie n’est pas raciste, elle est « open » à tous)

L’insalubrité ? Certes, oui mais, même des Châtelains bien dodus et bien gras ont été malades, mais pour eux justement, ils le ressentaient comme une malédiction pour avoir aidé des gueux plus pauvres qu’eux

Alors qui que quoi qu’est ce ?

Et nous là dedans ? Je parle au nom de tous ceux qui ont vécu la tuberculose comme une honte .. pour les z’autres tout va bien merci

Et bien nous n’avons pas eu de bol ! voilà c’est tout. Heureusement que nous avons tous rencontré des personnes qui étaient des anges gardiens pour nous, qui nous ont aidé à supporter aussi bien la séparation de nos familles que la lourdeur des traitements.

Je sais, je ne vous ai pas appris grand-chose du pourquoi et du comment, mais j’espère que vous aurez passé un bon moment en lisant mon texte et qu’il aura fait sourire autant ceux qui ont connu le poids de la maladie et ceux qui n’ont rien senti ..

Nous avons tous grandi, nous avons tous fait notre vie, et cette maladie nous a peut être apporté la force de supporter.

Si vous avez des idées, n’hésitez pas à me contacter et à me dire comment vous avez vécu tout cela

 

PS .. voilà le visage de celui qui a commencé à nous guérir .. 

d-carte-koch

14 juillet 2016

Les vacances sont finies

Et voilà c'est reparti pour quelques mois à bosser en pensant aux nouvelles vacances ..

J'ai profité du soleil du Sud pendant plus d'un mois et là faut repartir au travail dès demain

Vacances n'a pas voulu dire repos car juste avant mon départ, avec le groupe Facebook de la Ravoire nous avons décidé de nous retrouver les 13 et 14 Août pour dire défibnitivement aurevoir à la Ravoire qui devrait être détruite dès début Septembre

Nous avons décidé d'en faire un évènement et de demander aux Roc des Fiz et à Martel de Janville de participer à ce souvenir commun ..

J'ai contacté la Mairie et le Daphiné Libéré et en principe tout devrait être avec l'accord de la Mairie de Passy et avec la pub du journal local

2 adjoints seront présents et nous pourrons nous promener une dernière fois dans la Ravoire ..

Et après ce sera fini 

L'école vue d'en haut

11 janvier 2017

Une nouvelle année

 

LA SIESTE DES GRANDES

Cette année a bien démarré 

J'ai retrouvé en une journée 2 personnes qui étaient à la Ravoire

Claudine qui était en même temps que Brigitte et moi 

et

Yolande qui est partie juste avant que j'arrive

Cela fait plaisir de retrouver des camarades qui ont vécu la même histoire que moi. Cela fait plaisir que la famille s'agrandisse encore et encore 

La Ravoire dans quelques temps n'existera plus mais nous serons encore là pour raconter la vie de cet endroit qui a tant compté dans ma vie et dans celle de tellement d'enfants .. Cela fait du bien de retrouver des personnes qui ont connu la Ravoire car à chaque fois qu'une nouvelle personne arrive elle nous amène ses souvenirs et son passé. 

C'est important de retrouver les personnes qui veulent se souvenir car combien ne veulent plus rien savoir de ce passé qui peut paraitre honteux pour certains, Honteux certes mais c'est notre passé et on ne peut l'oublier. 

De toutes les générations d'enfants et d'adolescents qui ont été malades et hospitalisés à la Ravoire nous sommes encore qu'une poignée à nous souvenir. 

Didier rassemble tous les documents qu'il trouve et passe son temps libre à chiner et à acheter des documents rares pour que cette mémoire perdure. Il est la personne la plus importante de notre famille car il est la mémoire de notre passé et toutes ses trouvailles sont autant de bijoux qui garderont la Ravoire en vie.

 

 

25 avril 2016

Pourquoi cette volonté ...

ENQUETE CATASTROPHE PLATEAU D'ASSY INTERVIEW DOCTEUR COUVE PLUS INFIRMERIE

Sanatorium du Plateau d'Assy accident avril 1970

Je me suis souvent posée la question "Pourquoi cette volonté des autorités de nous forcer à oublier ?"

Je m'explique :

Le Roc des Fiz a été détruit il y a maintenant 46 ans et tout ce qui reste de cette catastrophe est une toute petite stèle que nous avons inauguré il y a 6 ans maintenant ..

71 (ou 72) morts dont la plupart des enfants fauchés dans leur sommeil et tout ce qu'il en reste c'est une ridicule pierre ..

Sur Facebook j'ai retrouvé des vidéos qui font vraiment peur .. cette catastrophe était prévisible et pourtant tout ce que l'on "offre" aux rescapés c'est une toute petite pierre ..

Ces enfants et ces personnes ne méritent ils pas le respect ? Ils ont été fauchés dans leur sommeil et leur seul crime était d'être malade de la tuberculose.

Regardez ces vidéos elles montrent que le sort de ces 72 personnes est volontairement occulté .. Le médecin du Roc des Fiz a profité de sa position de "frère de" pour ne pas être inquiété plus que cela ..

Je viens d'apprendre que les bâtiments encore debout de la Ravoire seront prochainement détruits .. et après il restera quoi de notre passé ?

Quand tout sera déblayé il ne restera plus rien de nous et de notre passé ..

 

16042010099

 

15 mai 2016

14 ans – 5 mois et 7 jours après ma naissance ..

13 ans et quelques mois

C’est l’âge que j’avais quand je suis tombée malade

Nous n’avons jamais été des gens riches, mais nous n’avons jamais été des gens pauvres. Nous avons toujours eu de quoi nous nourrir convenablement. Selon les clichés nauséabonds sur la tuberculose je ne devais jamais l’avoir et pourtant ..  

C’est mon père qui m’a contaminé, mais ce n’est pas vraiment de sa faute. Nous sommes des rapatriés d’Algérie où mon père gendarme a été blessé l’année de ma naissance. Il a contracté la tuberculose comme une suite logique à cette blessure.

Il a été le premier à partir en France en 1959, pour y être hospitalisé, nous l’avons suivi en 1963.

A chaque fois que les médecins pensaient qu’il n’était plus contagieux, il avait le droit de rentrer, et moi je découvrais à chaque fois mon père. Parfois ce n’était que pour quelques semaines, parfois pour quelques mois. Et à chaque fois je grandissais avec l’espoir que ce serait la dernière fois qu’il devrait nous quitter encore pour un sanatorium quelque part en France.

En 70, il est rentré pour une très longue période, et j’ai pu vivre normalement avec mon père et toute ma famille. Il ne semblait pas malade, et à part ses piqures quotidiennes contre le diabète, il menait une vie normale, avec nous. Je me promenais avec lui dès que j’avais un instant de libre. Il m’emmenait voir ses amis, au café, chez son ami le cordonnier. J’étais fière de déambuler avec lui dans les rues de Montpellier. Il m’achetait des fougasses, des tielles. Il m’emmenait chercher la première pèche à Palavas.

Nous étions complices, j’étais la dernière et il profitait de chaque moment qu’il pouvait passer avec moi. Je lui racontais mes histoires de cœur, mes joies et mes déceptions.

Ma mère surveillait de près notre relation père-fille, car elle était en permanence à surveiller les premiers signes d’une énième rechute pour mon père. Elle se brusquait quand j’embrassais trop mon papa, j’ai toujours cru que c’était de la jalousie. Elle m’expliquait que la maladie de mon père pouvait me rendre malade, et que je devais prendre des précautions, mais moi je l’accusais d’être jalouse de l’amour que j’avais pour mon père. Plus elle me disait d’être prudente, de ne pas l’embrasser ou de ne pas me serrer contre lui, plus je le faisais car pour moi elle voulait juste se mettre entre nous. Je n’ai pas compris qu’elle voulait juste me protéger de la maladie de mon père. Et elle n’a jamais compris que je profitais de lui tant que je le pouvais pour rattraper tout le temps de son absence.

La maladie ne signifiait rien pour moi, la mort non plus. A cet âge, nous pensons être éternels. Comment imaginer dans la tête d’une enfant que la personne qu’elle aime le plus est tellement malade qu’elle doit être évitée, qu’il faut prendre des précautions pour lui parler, pour l’embrasser, pour avoir juste des relations normales entre un père et son enfant.

Mon père sans me repousser, essayait lui aussi de me faire comprendre que je ne devais pas être tout le temps près de lui. Il a essayé de me faire admettre sa maladie, chose que je ne pouvais pas admettre – imaginer – comprendre – accepter

Tout cela a basculé durant l’année 1971, ma première 4ème. J’étais souvent malade. Je grandissais trop vite et je n’étais pas épaisse. Je faisais des angines à répétition, des bronchites à n’en plus finir, et je n’allais pas souvent à l’école, clouée au fond de mon lit.

J’ai fêté mes 14 ans, en décembre avec mon papa, ma mère, et c’était juste le bonheur car tout semblait s’arranger pour moi, je ne toussais plus, je ne crachais plus, et je commençais à m’alimenter presque normalement. Je pouvais faire du sport sans être essoufflée ou au bord de l’étouffement.

Fin Avril 1972, le collège a organisé une visite médicale pour la prévention de la tuberculose. Et c’est là que tout a basculé pour moi. C’était un vendredi après midi avant le 1er Mai ..

En rentrant de l’école ce jour là, ma mère m’a annoncé que mon père était reparti dans un sanatorium près de Nantes, car il était à nouveau contagieux et même cette fois gravement malade. Je n’avais rien vu, je n’avais pas voulu reconnaitre les symptômes de la maladie que je connais pourtant par cœur. Mon père toussait à nouveau, crachait de plus en plus, et refuser de faire quelques activités que ce soit avec moi. Il semblait fatigué, et il trainait sa vie.

Vers 19 heures, alors que je faisais mes devoirs, une personne du lycée est venue à la maison. Les résultats étaient tombés. J’avais une énorme tâche sur le haut du poumon gauche, et par mesure de précautions, je ne pouvais pas revenir à l’école le lundi.

A cet instant, je n’ai pas compris que j’allais devoir rester tout le temps chez moi, que je n’avais plus le droit de voir mes amies, de sortir le chien ..

Ma mère semblait désespérée et forte en même temps. Après le départ de la personne, elle a pris contact avec le pneumologue de mon père pour lui expliquer la situation

Le samedi matin, nous sommes allées toutes les 2 chez lui et tout de suite la décision de me faire partir est tombée. D’après ce médecin, cela faisait plusieurs mois que j’étais malade, mon médecin de famille aurait pu voir les signes, mais j’avais un BCG positif, et pour lui c’était suffisant.

Je ne comprenais rien à rien, j’étais malade, je ne pouvais plus voir personne, je devais rester cloitrée à la maison avec ma mère jusqu’à ce que je parte. Je pars mais où ? Avec mon père près de Nantes ?

Et voilà comment je me suis retrouvée à la Ravoire, malade, tuberculeuse, contagieuse avec l’épée de l’opération au dessus des épaules d’une gamine de 14 ans qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait.

14 ans – 5 mois et 7 jours après ma naissance .. 

Du temps de la Ravoire

1 mai 2016

La tuberculose tue encore et toujours

img0

Savez vous que cette gr@@@ maladie a fait son grand retour ? qu'elle tue près de 2 millions de personnes dans le monde chaque année ? C'est la maladie infectieuse qui tue le plus grand nombre de personnes ? 

A cause du SIDA certes mais aussi à cause de certaines conditions de vie dans certains pays. Elle revient aussi chez nous et le BK est encore plus résistant qu'avant 

Il y aurait plus de 10 millions de personnes dans le monde malades et même si le nombre de malades semble diminué en France, il n'en est pas de même dans les régions où les camps de réfugiés poussent comme des champignons .. 

Faut il en avoir peur ? Faut il réouvrir les sanatoriums ? 

21 août 2016

Le tout dernier voyage à la Ravoire

Il m’a fallu une bonne semaine pour enfin pouvoir exprimer ce que j’ai ressenti en voyant pour la dernière fois la Ravoire. J’ai écris, détruis, ré-écris encore et encore, mais je n’arrivais pas à faire sortir de mes doigts tous les sentiments mélangés que j’ai ressenti la semaine dernière.

Quand nous sommes rentrés dans le parc de la Ravoire, nous étions tous excités et impatients de revoir nos chambres et visiter encore ce bâtiment.

Mais l’abandon de cet endroit qui a tant compté pour nous a été un choc violent.

Les murs tagués de croix gammées, les lavabos détruits et salis, des inscriptions douteuses sur les murs ont violé cet endroit si chers pour nous tous.

L’émotion et la colère de voir ce bâtiment qui a protégé tant de génération d’enfants nous ont submergés.

C’était violent et horrible.

Comment cette bâtisse si merveilleuse a pu devenir un squat détruit par la bêtise de jeunes à la dérive ?  

Comment ont-ils pu faire ces horreurs ?

Nous avons essayé de retrouver nos chambres, nos terrasses, nos balcons, mais tout ce qu’il restait de notre passage et de notre maladie, ce n’était plus que destruction et saccages !

Seul la majesté de la vue du Mont Blanc était là pour raviver nos souvenirs et en le regardant encore une fois de nos balcons je suis sûre qu’à cet instant tous mes camarades présents sont retournés dans le passé et ont entendus nos rires et nos chamailleries de ces très longues « Cure de Silence »

Je n’ai pas pu visiter tout ce que j’aurais voulu revoir, car la Ravoire me disait de partir, de fuir ce qu’elle était devenue. Je sentais que ma chambre avait honte d’être devenu un dépotoir, que ces escaliers qui ont été si importants pour moi tout au long de mon séjour devenaient hostiles.

Il fallait que je sorte de là. Je ne pouvais pas graver ces images d’horreur dans ma mémoire. Je devais conserver ma Ravoire de mes souvenirs, et pas ce qu’elle était devenue ..

Ma Ravoire, notre Ravoire n’est plus là pour nous rassurer et nous réconforter. Il faut que nous la laissions partir, se faire détruire. Il n’y a plus d’autres solutions.

Le bâtiment ne veut plus vivre ses souffrances, ces destructions, cet irrespect des lieux et de notre histoire. Il n’y a plus de rires et de larmes dans ses couloirs pour la faire vibrer d’amour.

Plus personne pour courir dans ses couloirs, se disputer. Plus personne pour faire la queue au Médical pour prendre des médicaments. Plus personne au cinéma pour célébrer la fête à Toto. Plus personne pour aller en classe, et plus personne pour prendre soin de ce lieu chargé de toutes nos histoires.

La Ravoire va disparaitre, et avec elle une partie de notre adolescence. Elle n’existera plus que dans nos mémoires et dans nos souvenirs. Nous avons tous fermé la boucle de notre maladie, mais tous nous nous souviendrons de tous ce que cet endroit nous a apportés.

Très certainement sans la Ravoire nous aurions eu une destinée autre, épargnés par la maladie et la séparation et nous serions devenus d’autres personnes, mais nous avons été malades et hospitalisés dans un endroit qui restera à jamais dans notre histoire commune.

La Ravoire peut disparaitre maintenant, nous lui avons fait nos adieux et nous l’avons remercié pour tout ce qu’elle nous a apporté. 

 

ARTICLE RAVOIRE

29 avril 2016

Mon cher Didier et ma chère Josiane

Sans vous ce blog n'aurait jamais continué à vivre ..

Didier tu as été l'un des premiers à débarquer sur mon blog avec Patrick et tu as aussi été l'un des premiers à m'encourager à continuer

Sans toi j'aurais arrêté sans toi je n'aurais jamais compris l'importance de tous ces souvenirs .. tu es en plus la banque de données de la Ravoire et tu centralises tout ce que l'on trouve et tout ce que l'on retrouve

Tu es la mémoire de la Ravoire et je tenais à te remercier pour cela mais aussi parce que je suis venue chez toi et j'ai passé un merveilleux week end avec tous les tiens .. un week end de rêve et d'amitié

Alors je ne cesserais pas de te remercier car tu passes ton temps libre à rechercher toutes les images de la Ravoire que ce soit des cartes postales ou des articles de presse .. tu fais un boulot pour nous tous remarquable et je ne pourrais jamais assez te remercier toi et ma Josiane ton épouse si gentille

Vous êtes des gens biens et surtout très beaux et je vous aime

Mon cadeau pour votre avenir que j'espère radieux est ce blog. Encore merci 

Un week end à Armentières

23 décembre 2016

Se rappeler des Noëls de là bas

A la Ravoire toutes les générations qui ont passé Noël enfermées dans cette maladie ont eu droit à une fête de Noël que tout le monde préparait à l'avance. Nous avions aussi la célèbre fête de Toto, le jour de l'anniversaire du Docteur Vaquette, mais aussi cette fête au delà des religions.

Nous préparions des spectacles, des danses et des chants des différents pays représentés parmi nous. Nous avions le droit à un repas de fête et nous avions un cadeau .. moi j'ai eu un réveil que j'ai toujours et que je regarde parfois pour me souvenir des magnifiques moments passés à la Ravoire. 

REVEIL RAVOIRE

Le Noël 72, nous avions fait des étoiles en papier de différentes couleurs, des fleurs en crépon, et nous avions décorer un grand sapin dans la salle de cinéma.

Les spectacles avaient tous lieu dans cette grande salle, avec ses fauteuils comme au cinéma, et son piano où j'ai fait mes premières gammes en répétant inlassablement un morceau de Bach >.>. c'est d'ailleurs tout ce que j'ai gardé de ces cours improvisés.

Nous étions tous fébriles en attendant cette fête qui nous réunissait tous ensemble et qui nous faisait oublier que nos familles n'étaient pas là. Bien sûr certains parents pouvaient envoyer des cadeaux et des chocolats mais malheureusement pour moi à part une ou deux cartes de ma famille et un peu d'argent c'est tout ce que j'ai eu ..  

Mais ma famille de la Ravoire a comblé ce vide. Et comme nous tous nous avons été gâtés et encore plus choyés. Les infirmières et tout le personnel ont remplacé nos parents et nos familles et nos chants et nos danses nous ont fait oublié pour une nuit que nous étions malades. 

Aucun de nous n'avait le cafard et aucun de nous a souhaité être ailleurs ce jour là. Nous étions heureux et nous avons laissé de côté l'épée de Damoclès que nous portions en permanence. 

Pour une fois, nous étions des enfants comme les autres, fêtant Noël comme tous les enfants, entourés d'une famille aimante.

Je me souviens de ce Noël là parce que cette joie et ce partage je ne pense pas l'avoir connu ailleurs. 

Comment croire que nous pouvions être heureux alors que nous étions séparés de nos familles ? que nous étions tous malades d'une sale maladie qui pouvait encore nous faire du mal ? Tout simplement parce que le personnel soignant et autre de la Ravoire nous donnaient un amour sincère et que c'est aussi cet amour et cette dévotion qui nous ont fait gagner la bataille de la maladie

 

JOYEUX NOËL A VOUS TOUS 

23 avril 2016

Culture et Histoire de Passy

 

Les bâtiments du sanatorium de La Ravoire " Culture, Histoire et Patrimoine de Passy

Références :Lire notre revue Vatusium n° 9, p. 10. Voir aussi : Pierre Dupraz,Traditions et évolution de Passy, p. 133 ; Pierre Dupraz, Passy hier et aujourd'hui, p. 76. Pierre Dupraz,Passy hier et aujourd'hui, p. 75 à 77. Extrait : " Au chef-lieu de Passy, un sanatorium est réservé aux enfants du PLM* à la Ravoire (1932).

http://www.histoire-passy-montblanc.fr

Pour ne pas oublier ... 

Cet ouvrage a été réaliser grâce à notre soutien et notre apport photo ..

21 juillet 2016

Le rassemblement approche

Et puis il approche et plus je suis impatiente et inquiète de savoir qui sera là .. 

Revoir ma Brigitte sera un moment de joie et d'émotions partagée .. je ne l'ai pas revu depuis plus de 40 ans ..

Nous étions si jeunes .. nous avons tellement partagé toutes les deux 

Et nos routes se sont séparées depuis tellement longtemps .. 

Mais il n'y a pas que cela .. savoir que notre chère Ravoire n'existera plus dans quelques mois c'est tout un pan de notre histoire qui va disparaitre avec elle. Nos souvenirs bons ou mauvais .. mais surtout l'histoire de notre maladie si honteuse encore aujourd'hui pour certains

Que va-til rester de son histoire ? nos souvenirs ? 

Avec sa disparition c'est aussi le souvenir de Mémère et de tous nos soignants qui ne sera plus là .. Madame Gavard et sa voix si particulière .. Madame Scopel .. Mme Fivel et toutes les autres .. Maman Dino qui nous nourissait à coup d'amour et de patience

Et bien sûr notre cher Toto .. notre médecin qui nous a servi de père durant notre hospitalisation. Il savait nous rassurer et nous protéger de l'extérieur parfois si hostile envers nous. Il était présent comme un père veillant à notre confort et à ce que nous soyons heureux malgré notre maladie et ses risques

Voilà la Ravoire va disparaitre .. adieu notre salle de ciné .. adieu le Lazaret .. adieu ces escaliers qui ont été le témoin de nos peines et de nos joies ... adieu nos chères montagnes qui nous apaisaient pendant la sieste .. 

Adieu notre école si belle encore aujourd'hui .. adieu notre parc si vaste et si beau 

Adieu tous ces endroits si magiques que nous avons détesté puis aimé 

Nous devons dire aurevoir à cet endroit si particulier de notre enfance et le garder dans nos mémoires et je sais déjà que le 14 aout ce sera terrible de le faire 

 

10

4 juin 2020

Témoignages

Je viens de lire les témoignages des Anciens du Roc des Fiz et je me rends compte à quel point j'ai eu de la chance d'être soigner à La Ravoire plutôt que dans cet autre établissement.

J'ai eu cette chance d'être entourée d'un personnel bienveillant

Les tubages étaient une véritable torture mai Maman Dino savait toujours comment nous faire oublier cette horreur --

Mémère était rustre mais elle avait toujours le sourire et un chant à ses lèvres -- chant religieux pour la plupart - Elle prenait très souvent son service en retard ou juste à l'heure avec ses chaussures de montagne avant de se changer rapidement  - Elle ne voulait pas que l'on s'appitoye sur notre sort et elle avait toujours une parole rustre certes mais rassurante

Toto lui c'était le "Paternel - l'Autorité bienveillante" qui nous protégeait de tout. On pouvait lui parler de nos doutes et de nos craintes. Il nous expliquait notre maladie avec des mots que nous pouvions comprendre.

Scopel - Gavard et toutes les autres infirmières et soignantes étaient sévères certes mais nous avions toujours le sentiment d'être en famille plutôt qu'en sanatorium

Quand je lis les séances dentiste des Anciens du Roc des Fiz je me dis que nous avons eu de la chance d'aller à Sallanches dans un cabinet entaire et d'avoir des soins de qualité. L'après midi dentiste, nous étions dispensés de cure de silence. Je pense que toutes générations confondues nous aimions prendre le taxi et aller à Sallanches. C'était un moment d'ailleurs où nous sortions de notre sanatorium pour se rendre compte que le monde existait encore

Je me souviens des promenades que nous faisions le plus souvent avec Mémère -- elle nous a fait visiter tous les alentours de la Ravoire et nous a fait escalader sa chère montagne - nous a initié aux raquettes et à la luge en hiver - Elle nous parlait des fleurs et des pierres de tout ce qu'elle pouvait ressentir dans sa montagne. Elle nous parlait de ses enfants qu'elle avait adopté et que nous connaissions tous. J'ai toujours eu l'impression de faire partie de sa vie - de sa famille et c'est pour cela que j'ai toujours eu une pensée pour elle et c'est aussi pour elle et pour sa mémoire que j'écris sur ce blog depuis plus de 15 ans maintenant

Au contraire du Roc des Fiz nos soignants n'étaient pas des Soeurs et la religion ne prenait pas le dessus sur nos soins. Et pourtant nous allions tous à la messe le dimanche car même notre curé était un être d'exception ! Il aimait Véronique Sanson c'est dire ....... !

Nos chambres étaient spacieuses et aérées. Nous avions de la place pour vivre avec l'immense parc avec une vue imprenable sur le Mont Blanc

Bien sûr - et je l'ai déjà expliqué - être séparé de ma famille était une horreur en soi mais j'ai eu la chance d'avoir une autre famille qui a pris soin de moi et de ma maladie. Une famille composée de tous les soignants de La Ravoire.

Ma maladie a été une torture. J'ai souffert dans mon corps.J'ai connu à 14 ans l'angoisse de la vie et de la mort suspendue à mes poumons. J'ai connu la séparation de tous ceux que j'aimais. Elle a changé totalement le cours de ma vie. Elle a fait ce que je suis maintenant. Mais je garde d'elle tous les moments que j'ai passé à La Ravoire - bons ou mauvais.

Ce que j'ai mal vécu et ce qui m'a traumatisé longtemps c'est le regard des autres sur cette maladie .. comment les gens nous regardaient et cacher leur bouche et leur nez à notre passage
 
Les mots cruels de "tubarde" que j'ai entendu .. la honte que mes parents m'ont appris à avoir de cette maladie
 
Mais La Ravoire a été une bénédiction pour moi -- j'ai appris que je n'étais pas seule à avoir cette maladie - j'ai appris à ne pas avoir honte de tousser et de cracher du sang
 
C'est vrai que j'étais la dernière génération de malades mais je garde un souvenir familial de la Ravoire et j'avoue que de lire leurs souffrances me déchire le coeur parce que nous avons connu la même maladie avec les mêmes conséquences
 
Et ce qui nous unira à jamais avec les Anciens du Roc des Fiz  c'est le souvenir des disparu(e)s de cette nuit d'horreur

Quand je lis leurs conditions de vie je me rends encore plus compte de la chance que j'ai eu d'être hospitalisée à La Ravoire !

 

 

17 janvier 2020

La religion à la Ravoire

Toutes les religions ont été représentées à la Ravoire. A mon époque, il y avait des juifs, des chrétiens protestants et catholiques, des musulmans, des bouddhistes, et même des athées ..

La religion n'a jamais engendré de bagarre, de clan. Nous étions tous malades et tous dans le même bateau. Notre maladie nous a appris la valeur de l'universalité .. Nous étions tous frères et soeurs d'une même maladie, des mêmes peurs, des mêmes douleurs. Plutôt que de partager la haine des autres des adultes, nous étions tous de la même famille

Nous allions, presque tous et sauf punition, à la messe le dimanche. Et oui, être puni d'aller à la chapelle faisait partie de l'arsenal des répressions !!!

Nous allions donc à la messe, non pas pour la messe en elle même, mais parce que le curé de mon époque était .. pittoresque !! Il nous respectait dans nos différentes croyances et prêchait l'universalité de la religion ..et il aimait Véronique Sanson. Du coup nous avions droit à des prêches au son des dernières nouveautés de son artiste préférée ..

Le "Notre Père" était, selon lui, une prière universelle qui ne pouvait qu'être commune à toutes les religions monotéistes .. Dans ses messes, il ne prônait pas le Fils de Dieu, mais Dieu Lui-Même. La Sainte Vierge elle aussi passait à la trappe !!!

Il était près de nous et il m'a toujours semblé qu'il partageait aussi notre souffrance. Je garde de lui, un tendre souvenir et je le remercie de m'avoir appris le "Notre Père" au son de "Je n'ai besoin de personne" ..

 

Publicité
<< < 1 2 3 4 > >>
Publicité
Derniers commentaires
Visiteurs
Depuis la création 14 159
Albums Photos
Publicité
Archives
Newsletter
Publicité