En voyant le tas de gravats au premier plan, j'ai du mal à me figurer qu'au même endroit, s'élevaient trois étages d'immenses balcons, face au Mont-Blanc et à la vallée juste en-dessous...

Trois étages assis sur l'ancienne salle de cinéma au rez-de-chaussée. En 1997 et 1998 en ce qui me concerne, et jusqu'à la fermeture de La Ravoire en l'an 2000, la salle de cinéma en question était devenue notre salle de concerts : eh oui, La Ravoire en tant que colo de vacances SNCF hébergeait plus particulièrement la Musique, en tant qu'activité principale ! Guitares, basse, batterie, piano, flûtes, percussions et j'en passe... C'était aussi notre "discothèque", qui accueillait nos traditionnelles "boums" !

Que de souvenirs en ces murs, de bons et de moins bons... Pêle-mêle : je te revois encore, Mélanie, glissant dans l'escalier et dégringolant la dernière volée de marches menant à la salle de concerts, et répétant ensuite pendant une heure "Aïe !", tout en riant à moitié ; je te revois, Aurore, dans ta chambre du deuxième étage en train de préparer le "café à l'eau de douche"... Oui, il faut vous dire : malgré le café au lait du matin, un petit nombre d'entre nous buvions encore du café noir, en cachette des moniteurs...

Rétrospectivement, je réalise que c'était presque aussi idiot que de se cacher pour fumer ! Aurore avait bricolé une "cafetière" de fortune avec une bouteille en plastique dont elle avait découpé et retourné la partie supérieure (le goulot), pour s'en servir d'entonnoir ; un mouchoir en papier faisait office de filtre, où elle mettait le café (acheté discrètement lors d'une sortie du centre) ; à ma question "Mais pourquoi tu ne prends pas l'eau chaude aux lavabos de la chambre ?", elle avait répondu "Je trouve que l'eau de la douche est plus chaude !"... Voilà, chers anciens de La Ravoire, une partie de nos petits jeux idiots lorsque nous avions 15 ans et dont je ris encore maintenant !...

Je nous revois, Yoann, Xavier et moi-même, entrant dans les chambres des filles en leur absence, pour y mettre le bazar : après notre passage, on aurait pu croire qu'un ouragan était passé par là !... Je revois enfin et surtout, un certain après-midi du 21 juillet 1997 (veille de notre départ) ; étant à ce moment-là dans ma chambre située dans le bâtiment du haut, près de l'entrée principale du centre, je n'avais pas assisté à l'accident en direct : Aurélie, téméraire, avait cherché à enjamber la jonction perpendiculaire des balcons, là où ils se rejoignaient à hauteur de la terrasse extérieure du premier étage... et elle était tombée, d'une hauteur de quatre ou cinq mètres, au moins. Chère Aurélie, tout ce que je revois de cet après-midi là, c'est l'ambulance qui t'emportait : dire que nous nous étions brouillés peu avant, pour des bêtises, et que tu avais eu cet accident juste à la fin de notre séjour à La Ravoire, sans nous laisser le temps de nous réconcilier. J'en avais pleuré de dépit le soir même... Heureusement, tu m'écrivais peu après, alors que tu te rétablissais doucement de ta chute, et un an après, La Ravoire nous donnait l'occasion de nous retrouver ! Quelle chance tu as eue de ne pas mourir ou de rester handicapée...

Si moi, je ne t'ai pas vue tomber du balcon, une s'en souvenait encore très bien des années plus tard, par contre : Béatrice alias "Brigitte" ! Elle entendait encore ton cri suivi d'un bruit mat sur le sol, et te revoyait, toi, par terre au bas de l'escalier extérieur... Chers anciens de La Ravoire, chère Marie Walter, lorsque vous êtes revenus sur les lieux avant leur démolition, vous avez sans doute remarqué la grille dissuasive, installée à la jonction des balcons du premier étage ? Elle fut posée après la chute d'Aurélie, pour prévenir de nouveaux accidents ; et pour nous, elle fut un petit frisson rétrospectif, quand nous l'avons trouvée à cet endroit un an après l'accident de notre amie...

En 2004, quand je suis revenu à Passy avec Béatrice, La Ravoire était déjà à l'abandon depuis quatre ans : mais la grille, monument de sinistre mémoire, était encore là... Ironie du sort, ce fou de Jérôme qui nous accompagnait l'avait quand même enjambée pour accéder au balcon et nous ouvrir la fenêtre de la chambre donnant de plain-pied sur la terrasse : heureusement pour lui, il n'est pas tombé ; Béatrice et moi n'étions pas tranquilles en le voyant faire, et pour cause !!... Voilà : tout ceci à disparu désormais. Les bons moments, comme les mauvais, sont partis avec les murs sous les coups de la pelleteuse... Mais les souvenirs restent bien vivants dans ma mémoire. En voyant sur les photos ci-dessus, les restes du dernier bâtiment, grignoté, écrasé comme une coquille d'oeuf, je revois le réfectoire et la bibliothèque, entre autres, qui s'y trouvaient, et où nous passions pas mal de temps. Et la pergola ? Qu'en ont-ils fait ? A-t-elle disparu avec tout le reste, ou a-t-elle été jugée digne d'être conservée en souvenir, comme un ultime vestige, un dernier témoignage de ce que fut cet endroit magique et magnifique :

La Ravoire. Chère Marie, chers anciens : ces murs, nous les avons connus à des époques différentes, avec des fonctions différentes ; pour vous, c'était le sanatorium (1972 - 73), pour nous c'était la colo SNCF (1997 - 2000). Mais pour nous tous confondus, ce fut un éblouissement de jeunesse, un de ceux qui ne s'oublient pas : un épisode qui a compté, comptera toujours. La Ravoire vivra aussi longtemps qu'il restera quelqu'un pour se souvenir, tant que les cordes sensibles de la mémoire vibreront encore à l'évocation de ce nom, et des souvenirs lui étant attachés.