Ma chère Kate,

Tu as été ma dernière amie à la Ravoire, et surtout celle que j’ai conservé le plus de souvenirs. Peut être parce que j’ai partagé plus longtemps la chambre, avec ta sœur Sylvie. Peut être parce que nous avons durant de longs mois inventé un monde ailleurs.

Peut être parce que tu es partie 5 ans après la Ravoire, laissant mari et enfants dans un désespoir jamais consolé ?

A ton arrivée, j’étais assisse comme à mon habitude sur les marches des escaliers qui menaient au dernier étage, celui des « grandes ». Tu es passée devant moi et tu m’a fait le plus beau des sourires, et c’est comme cela que nous sommes devenues amies.

Tu avais la chance d’avoir été malade avec ta sœur Sylvie, plus discrète mais tout aussi attachante, et toutes les 3 nous sommes rapidement devenues inséparables.

Tu venais de Maubeuge, avec cet accent si particulier, et moi du sud. Nos accents ont fini par se mélanger et nous avions même notre propre langage fait d’un mélange d’expressions de nos régions.

« Mon panane dame cul » (traduisez mon pied dans ton cul) est devenu notre phrase de ralliement, notre manière de communiquer et de nous faire rire même dans les situations les plus dramatiques.

Dès ton arrivée, nous avons demandé à être toutes les 3 dans la même chambre, à l’étroit certes, les chambres étaient prévues pour 2, mais nous étions ensemble toutes les 3 à nous inventer une autre vie.

Tu venais aussi d’un monde de groupies des Rolling Stones, et tout tournait autour de ce groupe, tes copains, ton unique amour Patrick.

Tu avais souvent de la visite, même parfois pas autorisée, car nous avions des quotas (1 x tous les 3 mois) à ne pas dépasser. Mais ta famille était tout le temps là. Soit ta maman, soit Patrick, soit tes amis, soit tous ensemble. C’était adorable d’avoir comme cela le mélange de passé, de présent et de futur ensemble.

On parlait tout le temps des Stones, d’Elvis, de musique. Nous rêvions ensemble de rencontrer Mick Jagger et Keith Richards, nous continuions à pleurer Brian Jones et nous le faisions encore vivre dans notre monde imaginaire.

Nous avions décidé du nom de nos enfants, Bianca et Jade pour les filles, Mickaël et Brian pour les garçons.

A nous 3 nous étions un clan, une famille.

C’est de toi que j’ai gardé le plus de souvenirs, et tu as été le bonheur d’être à la Ravoire.

Bien sûr, nous nous disputions pour des banalités, mais nous restions amies et solidaires.

Et je suis partie.

Tu as eu 2 filles que tu as appelé Bianca et Jade, tu as tenu ta promesse, mais pas moi. J’ai tenu la promesse de te revoir, mais la vie a décidé que tu devais nous laissé avant que je puisse le réaliser. Tu es partie à 25 ans sans crier garde, sans que personne puisse te garder, parce que tu avais mal à la tête. Tu es partie et tu m’as laissé me débrouiller seule dans la vie. Tu as laissé tes enfants et ton mari. Tu as laissé derrière toi tant de personnes au désespoir.

Tu étais ma meilleure amie, mon âme sœur, et tu es partie.

Tu restes à jamais dans mon cœur.

KATE