La Ravoire - Sanatorium

27 juin 2020

La vie de Toto

Grâce à la ténacité de Didier mais aussi de Marie Claude, l’endroit où Toto a été inhumé a été retrouvé. Quand Didier m’a appelé pour me dire qu’il savait où était sa tombe, j’ai été abasourdi par cette nouvelle. Depuis 2006, Didier et moi sommes à la recherche de notre histoire et de notre passé. Retrouver L'endroit où le Docteur Vaquette repose à jamais a été pour Didier une mission - le Saint Graal ! C'est chose faite. Grâce à lui nous savons ! Grâce à Didier nous connaissons son histoire de vie. Grâce à toi Didier, et je parle au nom de toutes les générations de La Ravoire, nous pouvons connaitre son histoire de vie.

Toto - Notre Docteur Vaquette - a été le médecin et le père de substitution de tellement de générations de gamin(e)s malades, qu’il mérite que sa mémoire reste intacte pour nous tous !

Avant de commencer, je tiens à te remercier l'ami. Son histoire c'est grâce à toi que je la raconte aujourd'hui.......

André Vaquette est né le 8 février 1909.
Durant ses études de médecine, il a attrapé la tuberculose et il a été envoyé en sanatorium en Suisse à Leysin. Après sa guérison il est resté quelques temps dans ce sanatorium pour y travailler.

En 1937, il est à Lille pour y faire sa thèse de médecine – « Les lésions tuberculeuses aérogènes d'extension chez l'adulte »

En 1942, il commence à travailler au sanatorium le Roc des Fiz au Plateau d’Assy comme Médecin Assistant du Docteur Lowys.

Il se marie au Roc des Fiz avec Geneviève Lemercier, mais son épouse décède en mettant au monde sa fille Jacqueline. Elle sera inhumée à Passy. Quand il quittera la Hautre Savoie il fera transférer sa dépouille pour être enterrée avec ses parents, puis plus tard avec lui.

C’est en 1943, que le Docteur Vaquette devient Directeur et Médecin à la Ravoire, et qu’il devient jusqu’en 1973 (date de la fermeture) «Toto» pour toutes les générations d’enfants et d’adolescents malades.

Il quitte la Haute Savoie pour revenir s’installer dans son cher Nord de la France, pour vivre dans le domaine de ses parents.

Le 23 Octobre 1977, Toto s’éteindra d’une crise cardiaque au milieu de la nuit. Il sera trouvé un livre encore à la main, dans son lit.

Une mort douce et paisible, pour une personne bonne et belle.

J’ai eu une longue conversation avec Didier au sujet de cette nouvelle. Une longue conversation triste et joyeuse, entrecoupée de pleurs et de rires. Grâce à Didier et à Marie Claude, nous avons retrouvé Toto.

Je ne pouvais que rendre hommage à cet homme qui m’a aidé à supporter et à accepter ma maladie, qui grâce à sa gentillesse et sa patience, m’a aidé à guérir. Il a été d’une bonté infinie avec moi, et avec tous ceux et celles qui ont vécu la Ravoire.

Repose en paix, Toto, toutes les générations d’enfants Anciens de la Ravoire te remercient pour ta gentillesse et ta bonté.  Je ne t’oublierais jamais

Merci Docteur Vaquette pour votre dévotion. Reposez en paix, vous avez été un brillant médecin.

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09 juin 2020

Le BCG a 100 ans

Le vaccin qui a sauvé des vies fête ses 100 ans .. 

Et pourtant aussi incroyable que cela puisse paraitre - au plus fort de ma maladie -- présence de BK (Bacille de Koch) - mon BCG était toujours positif !!!

Je ne sais pas si je suis "exceptionnelle" ou si d'autres personnes ont eu cette réaction mais voilà le BCG ne m'a pas protégé .. ou alors d'une version plus violente peut-être mais une caverne c'est déjà une version "violente" 

J'ai eu un jour un abcès - un énorme abcès qu'il a fallu faire opérer sous anesthésie générale. Les médecins pensaient que c'était à nouveau la tuberculose.

Ils n'ont pas voulu me croire quand je leur ai dit que mon BCG était toujours positif ..

Ils ont voulu me faire à nouveau le test .. seulement j'étais protégée par mes anticorps et par mon BCG !!

Résultat j'ai eu un abcès sur le bras et une nouvelle marque de "vaccin" .. 

Elle n'est pas belle la vie ??? .. 

https://www.francetvinfo.fr/sante/decouverte-scientifique/le-bcg-vaccin-qui-a-sauve-desmillions-de-vies-fete-ses-100-ans_4000491.html?fbclid=IwAR385KRDRVY3xBUokid1TBxzVPB6bHxIhQbZKrVkFB2_QYSb2ybRS9Q1OIU

 

"De tous les vaccins, le BCG est le plus utilisé à travers la planète. Trois milliards d’individus ont reçu ce vaccin. Une invention française et une signature unique. Ces trois lettres portent le nom des deux scientifiques qui l'ont découvert : c'est le bacille de Calmette et Guérin. C’est une exception. "Albert Calmette a tenu à célébrer le vétérinaire qu'était Camille Guérin", raconte Sylvain Thénault-Guérin, arrière-petit-fils de Camille Guérin.

Un vaccin gratuit pour le monde entier

C'est donc l'alliance atypique formé par un vétérinaire poitevin et un médecin bar

oudeur qui sillonne le monde de Saigon (Vietnam) à Alger (Algérie) pour créer des Instituts Pasteur. Leur collaboration débute à Lille (Nord) et ils ne se quitteront plus. Les deux scientifiques se penchent sur la tuberculose, qui décime 100 000 à 200 000 personnes par an en France. Après plusieurs années de tests sur les bovins, ils effectuent le premier test sur l'humain en juin 1921. Calmette et Guérin refusent de déposer de brevet pour que le vaccin soit en accès libre. L’argent n’est pas leur moteur. En 2020, le BCG fait l’objet d’études, car il n’aurait pas révélé tous ses pouvoirs"

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04 juin 2020

Témoignages

Je viens de lire les témoignages des Anciens du Roc des Fiz et je me rends compte à quel point j'ai eu de la chance d'être soigner à La Ravoire plutôt que dans cet autre établissement.

J'ai eu cette chance d'être entourée d'un personnel bienveillant

Les tubages étaient une véritable torture mai Maman Dino savait toujours comment nous faire oublier cette horreur --

Mémère était rustre mais elle avait toujours le sourire et un chant à ses lèvres -- chant religieux pour la plupart - Elle prenait très souvent son service en retard ou juste à l'heure avec ses chaussures de montagne avant de se changer rapidement  - Elle ne voulait pas que l'on s'appitoye sur notre sort et elle avait toujours une parole rustre certes mais rassurante

Toto lui c'était le "Paternel - l'Autorité bienveillante" qui nous protégeait de tout. On pouvait lui parler de nos doutes et de nos craintes. Il nous expliquait notre maladie avec des mots que nous pouvions comprendre.

Scopel - Gavard et toutes les autres infirmières et soignantes étaient sévères certes mais nous avions toujours le sentiment d'être en famille plutôt qu'en sanatorium

Quand je lis les séances dentiste des Anciens du Roc des Fiz je me dis que nous avons eu de la chance d'aller à Sallanches dans un cabinet entaire et d'avoir des soins de qualité. L'après midi dentiste, nous étions dispensés de cure de silence. Je pense que toutes générations confondues nous aimions prendre le taxi et aller à Sallanches. C'était un moment d'ailleurs où nous sortions de notre sanatorium pour se rendre compte que le monde existait encore

Je me souviens des promenades que nous faisions le plus souvent avec Mémère -- elle nous a fait visiter tous les alentours de la Ravoire et nous a fait escalader sa chère montagne - nous a initié aux raquettes et à la luge en hiver - Elle nous parlait des fleurs et des pierres de tout ce qu'elle pouvait ressentir dans sa montagne. Elle nous parlait de ses enfants qu'elle avait adopté et que nous connaissions tous. J'ai toujours eu l'impression de faire partie de sa vie - de sa famille et c'est pour cela que j'ai toujours eu une pensée pour elle et c'est aussi pour elle et pour sa mémoire que j'écris sur ce blog depuis plus de 15 ans maintenant

Au contraire du Roc des Fiz nos soignants n'étaient pas des Soeurs et la religion ne prenait pas le dessus sur nos soins. Et pourtant nous allions tous à la messe le dimanche car même notre curé était un être d'exception ! Il aimait Véronique Sanson c'est dire ....... !

Nos chambres étaient spacieuses et aérées. Nous avions de la place pour vivre avec l'immense parc avec une vue imprenable sur le Mont Blanc

Bien sûr - et je l'ai déjà expliqué - être séparé de ma famille était une horreur en soi mais j'ai eu la chance d'avoir une autre famille qui a pris soin de moi et de ma maladie. Une famille composée de tous les soignants de La Ravoire.

Ma maladie a été une torture. J'ai souffert dans mon corps.J'ai connu à 14 ans l'angoisse de la vie et de la mort suspendue à mes poumons. J'ai connu la séparation de tous ceux que j'aimais. Elle a changé totalement le cours de ma vie. Elle a fait ce que je suis maintenant. Mais je garde d'elle tous les moments que j'ai passé à La Ravoire - bons ou mauvais.

Ce que j'ai mal vécu et ce qui m'a traumatisé longtemps c'est le regard des autres sur cette maladie .. comment les gens nous regardaient et cacher leur bouche et leur nez à notre passage
 
Les mots cruels de "tubarde" que j'ai entendu .. la honte que mes parents m'ont appris à avoir de cette maladie
 
Mais La Ravoire a été une bénédiction pour moi -- j'ai appris que je n'étais pas seule à avoir cette maladie - j'ai appris à ne pas avoir honte de tousser et de cracher du sang
 
C'est vrai que j'étais la dernière génération de malades mais je garde un souvenir familial de la Ravoire et j'avoue que de lire leurs souffrances me déchire le coeur parce que nous avons connu la même maladie avec les mêmes conséquences
 
Et ce qui nous unira à jamais avec les Anciens du Roc des Fiz  c'est le souvenir des disparu(e)s de cette nuit d'horreur

Quand je lis leurs conditions de vie je me rends encore plus compte de la chance que j'ai eu d'être hospitalisée à La Ravoire !

 

 

09 mai 2020

Déjà 48 ans

Mon ami Didier m'a rappelé qu'il y a 48 ans j'ai passé le pas de la porte de La Ravoire pour y passer 1 an de ma vie.

Chaque année je me souviens de cette date - heureuse et malheureuse date à la fois -

Ce que j'ai voulu raconter dans ce blog, c'est que cette étape de ma vie a été un mélange étrange de mauvais et de merveilleux souvenirs. Certes être malade n'est pas très heureux surtout d'une maladie pulmonaire où il m'arrivait parfois de m'étouffer en respirant - où l'air que je respirais me semblait toxique mais malgré cela - malgré les tubages et les perfusions j'ai vécu des moments heureux grâce à cette maladie

J'ai perdu mon père à 16 ans de cette maladie mais si je n'avais pas été malade je n'aurai pas pu partager de grands moments avec lui - lui ayant choisi de se faire soigner  au Plateau d'Assy pour être plus proche de moi

J'ai souffert de tousser à m'en étouffer - de cracher des choses immondes de mes poumons mais j'ai vécu dans un havre de paix qui m'a protégé des autres et de leur regard interrogateurs

Les médicaments étaient des tortures que j'ai du avaler chaque jour durant 1 longue année - mais j'ai partagé tout cela avec les autres qui m'ont offert de merveilleux souvenirs

Je n'aurai jamais rencontré de belles personnes comme Mémère - Maman et Papa Dino - Scopel et toutes les autres et surtout surtout je n'aurai jamais rencontré Toto - Le docteur Vaquette - un homme merveilleux qui a remplacé ma famille et qui m'a soigné et sauvé de cette horreur

Alors oui avoir été malade de cette horrible maladie - avoir été séparée de ma famille et de tous les miens - ont été atroce à vivre mais les souvenirs que La Ravoire et de tous ceux qui l'ont partagé avec moi resteront des instants de grâce et de bonheur

Pour toutes ces contradictions chaque année je me souviendrais de cette date ..

 

Merci à Didier d'avoir toi aussi pensé à cette date ......................................

LA DANSE DE LA SIESTE 72

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18 avril 2020

Merci Monique

Je tenais à vous remercier ma chère Monique pour tous les documents que vous m'avez fait parvenir et qui sont une mine d'or pour moi

Je suis sûre que Didier - l'archiviste de La Ravoire - est aux anges !!!

Merci d'avoir partagé avec moi cette tranche de votre vie

Je suis de la dernière génération de La Ravoire et vous des premières mais notre histoire reste commune et votre témoignage est poignant et me prouve encore que j'ai eu raison de ne pas vouloir que La Ravoire et son histoire à travers le temps reste inconnue ...

Grâce à vous chère Monique ..

Je vous remercie encore et encore et je publie ici votre témoignage ..

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Pendant les 2 heures de cure, le matin 9 à 11 nous pouvions lire, écrire, chanter: mais rester allongées

De 13 h J'avais gardé la liste des enfants qui partageaient cette vie en sana!!.Il y  a encore environ 10 noms au dos de cette page;que sont-ils tous  devenus????

Nous venions de quitter cette période de Guerre: les cahiers étaient rares, on ne perdait pas 1cm d'espace pour écrire!!!

J'avais gardé la liste des enfants qui partageaient cette vie en sana!!.Il y  a encore environ 10 noms au dos de cette page; que sont-ils tous  devenus????

Nous venions de quitter cette période de Guerre: les cahiers étaient rares, on ne perdait pas 1cm d'espace pour écrire!!!

C'est laborieux!!Je ne suis pas de la génération de l'ordi!!!!Enfin, je crois avoir tout le texte de 1950!!

Je n'ai pas connu cet effort pour la réadaptation des enfants malades: le docteur Vaquette a dû se battre pour obtenir les crédits et en faire admettre l'idée!!!

Le retour à la vie" normale «était difficile et mal comprise : souvent il y avait des rechutes!!!

Je n'ai pratiquement eu aucun traitement: grand repos, bonne nourriture; J’ai connu les tubages, la sédimentation!! Sancelmoz, pour passer la tomographie etc..Pénicilline et streptomycine commençaient à être utilisées avec prudence. Je suis arrivée 31 kg  perdus 3 dans les premiers mois. Un an après j’avais le poids normal d'une enfant de 13 - 14 ans et je reprenais une vie "Dite Normale »avec l'épée de Damoclès !!!!

J'avais une place, dans un sana pour Femmes à Nevers. Mes parents ayant vu cet article ont tout fait pour que je me trouve avec des enfants et non des adultes.

J'ai toujours gardé ce document   vieilli   certes, tant d'années ont passé!!!

La photo d'identité:: MONIQUE simonot

Le docteur Vaquette et la doctoresse dont j'ai retenu le nom phonétiquement (Masbourg  ou bout!!!)

Un film avait été tourné également quand j'y étais  du 17 juin 1947 au 30 juin 1948.

J'ai encore d'autres documents et courrier de ces années !!

Fête du dr Vaquette:nous avions joué plusieurs pièces et chanté( nos robes avaient été faites avec du matériel médical!!!!).Je suis prise en photo sous la gloriette,ce n'est pas très net, mais c'était une bellejournée; le dr était heureux, sans doute de réaliser que grâce à lui,nous reprenions goût à la vie: nous avions chanté  en canon" dans la forêt lointaine, et à plusieurs voix" ô nuit qu'il est profond ton silence" de Rameau et....ma mémoire me fait défaut.Je jouais dans une scénette, je suis costumée!!!Quel événement,cette st André"papa Vaquette"

Je replonge dans mes souvenirs...

 

 

BCG ARTICLE

 

 

 

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17 avril 2020

Confinement et tuberculose

Au cours de l'année de mes 14 ans je me suis retrouvée confinée à la Ravoire. J'avais le "coronavirus" de l'époque -- la Tuberculose !

Certes en 1972, la maladie était en train de disparaître mais elle faisait toujours des ravages et elle était encore responsable de la mort de tout âge.

Comme le Covid-19 elle était (et elle est toujours) hautement contagieuse par les postillons - la toux et le contact de trop près ! Quand je suis arrivée à La Ravoire , j'étais encore dans cette phase où je pouvais contaminer. J'avais un trou dans mon poumon - oh pas un gros trou mais suffisamment important poour qu'une colonie de BK (Bacille de Koch) y élisent domicile.

Avant que l'on s'aperçoive que j'avais été contaminée j'ai eu tous les symptômes communs au Covid-19 - fatigue excessive - toux - mal de gorge - fièvre qui fait yoyo - crachats - rémission et on recommence (dans l'ordre et dans le désordre) .. Je ne mangeais que par étape de rémission mais étant dans la phase "je grandis" je suis passée de 133 cm à 163 cm un an plus tard !
Les bacilles ont favorisé ma croissance et ma maigreur !
Quand je suis arrivée à La Ravoire j'étais une grande perche de 40 kg -- !!!

Bref .. tout cela pour dire que le confinement je connais - j'étais dans une grande bâtisse avec une centaine d'enfants tout aussi malades que moi et durant les premiers mois à la Ravoire interdiction formelle de sortir ailleurs que dans le parc certes gigantesque

Je devais rester dans cet environnement et surtout ne pas y bouger - de toute façon les 2 premiers mois j'étais tellement KO par le traitement que je ne pouvais pas faire grand chose ! Mais la cortisone a commencé à faire son effet et les perfusions aussi et j'ai commencé à aller mieux - à me sentir mieux - à retrouver l'insouciance de mes 14 ans

3 mois après mon arrivée - un traitement de cheval à base de cortisone - du rimifon + tout un tas de saloperies en perfusion - une série de tomo (tomographie du poumon) et un tubage (pulmonaire et gastrique) plus tard j'ai eu la confirmation que je n'étais plus contagieuse et que je pouvais sortir - promenades et découverte de la Petite Boutique !!! .. Ah la Petite Boutique !!!! On y achetait des cartes postales et des bonbons ..

Ce qui m'a toujours choqué à chacune de mes sorties c'est l'attitude des gens de Passy qui se détournaient de nous ou se protégeaient la bouche à notre passage. Nous étions des pestiféré(e)s alors que nous savions que nous n'étions plus contagieux. Pour provoquer et montrer notre indignation devant leur attitude regrettable, nous "toussions" et d'un coup nous étions seul(e)s au monde .. les gens déguerpissaient plus vite que la lumière .. mais c'était choquant et traumatisant. Nous étions doublement puni(e)s maladie et le regard des autres ...

Je n'étais pas malheureuse ou triste mais je n'étais pas joyeuse non plus. Comme aujourd'hui ma famille me manque et j'ai peur de ne plus les revoir.

Comme aujourd'hui j'étais en sécurité dans mon cocon avec mes ami(e)s - et là avec mon mari. Le reste de mon monde me manquait et parfois je ne pouvais retenir quelques larmes d'angoisse. Comme aujourd'hui je ne savais pas de quoi demain serait fait et si je pourrais revoir tous les miens.

Tout cela pour dire que le confinement je connais et je ne sais pas si c'est l'inconscience de la jeunesse mais celui là est terrible ...

J'espère que je pourrais revoir mes ami(e)s de La Ravoire en bonne santé et toute ma famille ...............;;

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15 avril 2020

50 ans

Il y a 50 ans dans la nuit du 15 au 16 avril 1970, une coulée de boue surprenait des malades de la tuberculose dans leur sommeil et emportait avec elle 71 vies d'enfants et de personnels soignants .. C'était la seconde en moins d'un mois mais celle là sera mortelle

Il y a 50 ans la vie s'arrêtait au Roc des Fiz dans un accident qui aurait pu être évité ! Des vies sacrifiées pour rien. Il y a bien eu un procès mais cela n'a servi à rien. Cette catastrophe aurait pu être évité et 71 personnes ont perdu la vie à cause de la stupidité de politiques plus ou moins véreux et ne pensant qu'à se protéger et surtout à oublier qu'ils sont responsables de la mort de 71 personnes dont 56 enfants malade de la tuberculose !

Il y a 50 ans 71 personnes dont 56 enfants ont été surpris dans leur sommeil, se croyant à l'abri de tout. Ces enfants étaient venus pour se soigner et c'est la mort qui a fauché leur innocence. Ils pensaient que la montagne allait les guérir et la montagne a pris la vie de 56 d'entre eux et de leurs soignants - 71 victimes innocentes !!!

Cette catastrophe aurait pu être évité s'il avait été décidé d'évacuer le sanatorium avant.

Une personne de mon village voisin m'a dit qu'elle voulait oublier - qu'elle avait récupéré le corps de son garçon et que c'était tout ce qu'il comptait. Sans mot dire, elle hurlait sa peine et j'avais le sentiment qu'elle se sentait coupable - coupable d'avoir envoyé son enfant à la mort dans ce sanatorium qui aurait du le guérir !

Ce sentiment de culpabilité est partagé par toutes les familles des victimes !

Je n'oublie pas aussi que Toto - notre Docteur Vaquette - a travaillé au Roc des Fiz - dès 1937 et jusqu'en 1942. Il est devenu par la suite le père (de substitution) de tant de générations de gamins de la Ravoire

Ils étaient nos frères et nos soeurs dans la maladie. La Ravoire a accueilli des enfants égarés - traumatisés et perdus pour qu'ils continuent à se soigner. 2 ans après, à mon arrivée à La Ravoire, certains étaient encore là - Yannick - Marie Lyse.

Ils étaient encore sous le choc de cette nuit tragique. Ils avaient vécu l'enfer. L'enfer de perdre leurs ami(e)s - leurs soignants. Ils ont tout perdu cette nuit là. Ils étaient rescapés certes mais traumatisés à vie de ce qu'ils avaient vécu. 2 ans après nous en parlions entre nous encore comme si nous ne devions pas oublier - comme si nous devions continuer coûte que coûte à penser à eux et honorer leur mémoire.

Je ne peux vous oublier. Je ne peux oublier que vous êtes morts pour rien - que votre vie a été fauché à cause de l'ambition de certains. Je ne peux oublier que cela aurait pu m'arriver, que j'aurai pu être parmi vous.

Je ne peux oublier que durant près de 40 ans vous avez été pratiquement oublié de la mémoire de Passy - relégués à une catastrophe que tout le monde voulait oublier - oui mais pas tout le monde. Un jour la mémoire et les souvenirs ont refait surface et vous êtes revenus dans nos vies, dans notre histoire.

Vous êtes encore là et pour toujours avec nous. Nous sommes unis par cette maladie et par cette catastrophe. Nous sommes unis par l'injustice que vous avez subi.

Aujourd'hui, 50 ans plus tard, le souvenir est encore là toujours aussi cruel et aussi fort. Je partage avec les survivants cette incompréhension et toutes les questions légitimes. Ce drame est en nous et il a changé notre vie à tous.

Je dédie ce post à votre mémoire pour que vous sachiez que vous êtes toujours vivants et parmi nous. Je ne vous oublierai jamais.

 

LES ENFANTS
Gilles ALLEMAND-José ARTIGUEZ-Jean-Noël BAUD-Fabrice BELOTTI-Patrick BOHNERT-Loïc BONNAMY-Mourad BOURACHEDENE-
Franck BOUVARD-Djamale BOUSMIA-Bruno CARNOT-Yvan CARRAIN-Bernard CHALUMEAU-Nicolas CHIARAZZO-Patrick DANNENMULLER-
Thierry DECHAUX-Lucien DELAPLACE-Angelo DELOGU-Guilain DUCLOS-Jean-Luc FISCHER-Patrick FOURNEAU-Marcel FOURNEAU-
Patrick FRANCHI-Michel FRIES-Roger GARDIN-Philippe GERARD-Jean Paul GILLY-François GOMEZ-Nacereddine HADADOU-jean Michel KALEMBA-Laurent KALISZEWSKI-Djamel KHALFA-Philippe KISS-Roger LABORIE-Serge LACROIX-Marcel LANG-Yannick LEKEU- Raynald LEKEU-
Jean-Luc LEMAIRE-Daniel LEMARIE-Patrick LEMARIE-Jean LINGIBEBE-Jean-Luc MARRARO-Jean-Pierre MATOUG-Richard MEILLET- José-Manuel  MENEZES EVANGELISTA-Pierre NEDELEC-Carlos NUMEZ CABEZON-Philippe PAUTASSO-Michel PASQUEILLE-Jean-Jacques POTEL
Jean-Marie PROD'HOMME- Dominique PRUVOT-Cyril TABARD-Jean-Pierre VERALLO-Patrick VIVIAND-Marc ZONCA
LE PERSONNEL
Joséphine CHAMPALEY épouse AUBERT-Evelyne CASY-Adolphine TRIPLET épouse FLAHAUT-Jean FLAHAUT- Josépha GAMEZ-Jean GASNIER- Marie-Danielle JEULIN- Patricia LEBRETON-Danielle MAISON-Ginette ROBIN-Thérèse Marie RENAUX Soeur MARIE SAMUEL-Giuseppe ZAGAROLI-
Dyna ZANELLI-Lucienne MONIN épouse ZERMATTEN-Georges ZERMATTEN

 

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07 mars 2020

Adieu l'ami

Mon cher Michel,

Tu es parti ce jour de février 2020 sans dire un mot, sans prévenir, sur la pointe des pieds ..

J'ai appris à te connaître grâce à ce blog, puis à notre page facebook, que tu as rejoins très vite, et durant toutes ces années tu as toujours été là pour nous tous.

Tu as fouillé inlassablement les archives pour retrouver les traces de notre passé.
Tu as toujours été là dans toutes nos manifestations.

Tu étais d'une gentillesse incroyable. Tu m'a toujours apporté de l'amitié et du soutien. Je n'avais qu'à te téléphoner pour que tu sois à mes côtés pour toutes nos manifestations.

Je pensais que tu serais toujours là ..

Comme nous tous, ton passage à La Ravoire a été une sacré aventure qui est restée graver dans ta vie pour toujours.

La dernière fois que je t'ai vu c'est pour notre dernier passage à La Ravoire. Tu étais venu uniquement pour être avec nous et vivre avec moi cet instant dramatique (pour nous)

Tu as fouillé et refouillé les archives sur nos indications pour retrouver des documents dans le seul but d'alimenter nos souvenirs. Tout comme Didier, tu voulais trouver la preuve de notre histoire dans les archives.

Tu es parti sans rien dire, laissant ta famille et tes proches dans la tristesse et le désespoir. J'ai pu parlé à ton épouse longuement et elle est tellement désespérée par ton départ.

Tu es parti quelques jours après tes 80 ans, rupture aortique. Tu nous laisse avec nos souvenirs ..

Même si nous n'habitions pas près l'un de l'autre, tu laisse un vide ... tu étais une belle personne et tu vas me manquer l'ami

 

La Ravoire article

 

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16 février 2020

Encore un projet annulé pour La Ravoire

Il y a quelques jours j'ai appris que le projet Bouygues pour La Ravoire était tout bonnement annulé !

J'ai été tout d'abord stupéfaite et en colère car ce magnifique espace va encore rester à l'abandon quelques temps. En colère parce que j'aurais tellement voulu que La Ravoire reste ce qu'elle était - même cabossée par le temps cet endroit restait magnifique et magique pour moi

Je sais depuis longtemps qu'il était impossible de rénover les bâtiments - plus rien au normes - mais c'est mon histoire qui a disparu avec les coups de pelleteuses. C'est mon passé !

Plus de 40 ans après mon départ La Ravoire était encore debout et du jour au lendemain plus rien !

J'ai cru à tous les projets présentés par les élus. Il y a quelques années j'ai soutenu le projet d'une maison de retraite ou d'un véritable centre médical - La Ravoire aurait ainsi retrouvé son attrait - guérir des maux comme elle l'avait fait pour moi

Mais voilà le projet  Bouygues ne se fera pas - l'entreprise ayant renoncé à faire les 80 logements et équipements - de toute façon à y voir de plus près le projet était irréalisable. Même si le terrain est grand il reste une partie inondable

Maintenant j'aimerais un vrai projet pour cet espace vide. J'aimerais que cet endroit retrouve sa beauté et sa splendeur -

Une maison de retraite ou un centre médical peut importe mais que cet endroit redevienne des souvenirs à d'autres personnes !

Et bien sûr quelque soit le projet maintenant j'aimerais que les élu(e)s pensent à poser une plaque à La Ravoire en souvenir de mon passé et celui de Mémère - de Toto - de Maman et Papa Dino - Mme Martinez et Scopel - Fivel et Gavard (j'en oublie) et de tous Anciens de La Ravoire

Pour moi c'est fini. Les bâtiments majestueux ne sont plus là - le Chalet - l'école - le réfectoire - la Pergola tout a disparu il y a plus de 2 ans maintenant. Il me reste mes souvenirs et ce blog pour ne pas oublier et pour faire connaitre aux gens de passage la splendeur passée d'un endroit merveilleux qui a contribué à la guérison de centaines d'enfants et d'adolescents comme moi

La Ravoire est une partie de mon passé que j'ai malheureusement enfoui trop longtemps et que ce blog me sert à faire renaître - pour ne pas oublier

 

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17 janvier 2020

La religion à la Ravoire

Toutes les religions ont été représentées à la Ravoire. A mon époque, il y avait des juifs, des chrétiens protestants et catholiques, des musulmans, des bouddhistes, et même des athées ..

La religion n'a jamais engendré de bagarre, de clan. Nous étions tous malades et tous dans le même bateau. Notre maladie nous a appris la valeur de l'universalité .. Nous étions tous frères et soeurs d'une même maladie, des mêmes peurs, des mêmes douleurs. Plutôt que de partager la haine des autres des adultes, nous étions tous de la même famille

Nous allions, presque tous et sauf punition, à la messe le dimanche. Et oui, être puni d'aller à la chapelle faisait partie de l'arsenal des répressions !!!

Nous allions donc à la messe, non pas pour la messe en elle même, mais parce que le curé de mon époque était .. pittoresque !! Il nous respectait dans nos différentes croyances et prêchait l'universalité de la religion ..et il aimait Véronique Sanson. Du coup nous avions droit à des prêches au son des dernières nouveautés de son artiste préférée ..

Le "Notre Père" était, selon lui, une prière universelle qui ne pouvait qu'être commune à toutes les religions monotéistes .. Dans ses messes, il ne prônait pas le Fils de Dieu, mais Dieu Lui-Même. La Sainte Vierge elle aussi passait à la trappe !!!

Il était près de nous et il m'a toujours semblé qu'il partageait aussi notre souffrance. Je garde de lui, un tendre souvenir et je le remercie de m'avoir appris le "Notre Père" au son de "Je n'ai besoin de personne" ..

 

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