La Ravoire - Sanatorium

15 novembre 2017

C'est toute mon histoire qui est partie

LA RAVOIRE PANO

Toute une partie de l'histoire de ma vie .. de la vie de toutes celles et ceux qui ont du vivre à la Ravoire .. qui part en poussières ...

Nos souvenirs maintenant ne sont plus que gravas .. débris 

La Ravoire n'est plus. Les premiers coups de la destruction ont fait leur preuve et ils détruisent non seulement un bâtiment mais toutes nos histoires .. tous nos souvenirs.

Je savais que ce moment arriverait depuis très longtemps mais j'ai espéré un miracle ou quelques problèmes qui retarderait ce moment douloureux.

mais voilà il n'y a pas eu de miracle .. et les engins ont détruits tous mes espoirs et tous les espoirs de toutes celles et ceux qui ont vécu la même histoire que moi, qui ont partagé mon passé.

Je me sens triste, comme orpheline, comme si une partie de moi était définitivement partie à jamais.

Je garde en tête mes souvenirs, mes ami(e)s que j'ai retrouvé mais de savoir que cet endroit n'existera plus est vraiment pénible.

Je l'ai souvent écrit ici, cet endroit avait la mémoire de nos pleurs et de nos rires, de notre tristesse d'être séparé de nos familles, puis d'être arraché à cet endroit et de perdre à nouveau la possibilité de vivre encore là bas.

De mon école, il ne reste maintenant plus rien. De ma chambre, du réfectoire, des escaliers qui étaient là pour me consoler quand tout allait mal pour moi, il ne reste que de la poussière, des débris, des gravas.

Chaque coup de pioche détruit un peu plus les souvenirs de tant d'enfants.

Je n'avais pas demandé d'être malade, je n'avais pas demandé d'être hospitalisée durant 1 ans et demi. Je n'avais pas demandé d'être envoyé loin de ma famille à l'âge où l'on en a le plus besoin. Je n'avais rien demandé de tout cela, et pourtant je remercie ma bonne étoile de m'avoir envoyé à la Ravoire. Il est presque impossible de raconter mon ressenti envers cet endroit qui n'existe plus.

J'ai pleuré, j'ai eu peur, mais cet endroit m'a aidé à me construire, à être devenue la personne que je suis maintenant. J'ai détesté cet endroit, et puis j'ai appris à l'aimer, et maintenant il n'est plus que poussière ...

Comment dire tout ce que je ressens ? comment raconter par des mots tout ce que j'ai ressenti d'avoir été envouyé en sanatorium. comment faire comprendre que malgré tout j'y étais heureuse ?

La maladie m'a forgé. Elle m'a aidé à grandir un peu plus vite, mais j'ai toujours eu peur à chaque instant de ma vie de tout perdre en un instant, d'être encore une fois abandonnée. 

Il me reste mes souvenirs. Des souvenirs que je ne peux pas partager. Je peux les dire, et même les écrire, mais les partager impossible, car ils sont à jamais les miens.

Qui se souviendra que la tuberculose était une maladie grave et contagieuse qui touchait aussi bien les enfants que les adultes ? qui pourra se souvenir que pour guérir il fallait se séparer des gens que l'on aimait ?

Qui saura  que la séparation de ma famille a été aussi dure que la séparation des mes ami(e)s de la Ravoire ? Comment expliquer qu'après 1 an et demi passé là bas je ne voulais plus repartir ? j'aurais voulu rester.

Voilà un chapitre de ma vie se ferme. Je sais que mes souvenirs ne seront pas poussière. Ils sont en moi et je les partage avec tout ceux que j'ai retouvé et qui maintenant font partie de ma vie présente.

 

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Voilà c'est fini

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22 mars 2017

Kate

Ma chère Kate,

Tu as été ma dernière amie à la Ravoire, et surtout celle que j’ai conservé le plus de souvenirs. Peut être parce que j’ai partagé plus longtemps la chambre, avec ta sœur Sylvie. Peut être parce que nous avons durant de longs mois inventé un monde ailleurs.

Peut être parce que tu es partie 5 ans après la Ravoire, laissant mari et enfants dans un désespoir jamais consolé ?

A ton arrivée, j’étais assisse comme à mon habitude sur les marches des escaliers qui menaient au dernier étage, celui des « grandes ». Tu es passée devant moi et tu m’a fait le plus beau des sourires, et c’est comme cela que nous sommes devenues amies.

Tu avais la chance d’avoir été malade avec ta sœur Sylvie, plus discrète mais tout aussi attachante, et toutes les 3 nous sommes rapidement devenues inséparables.

Tu venais de Maubeuge, avec cet accent si particulier, et moi du sud. Nos accents ont fini par se mélanger et nous avions même notre propre langage fait d’un mélange d’expressions de nos régions.

« Mon panane dame cul » (traduisez mon pied dans ton cul) est devenu notre phrase de ralliement, notre manière de communiquer et de nous faire rire même dans les situations les plus dramatiques.

Dès ton arrivée, nous avons demandé à être toutes les 3 dans la même chambre, à l’étroit certes, les chambres étaient prévues pour 2, mais nous étions ensemble toutes les 3 à nous inventer une autre vie.

Tu venais aussi d’un monde de groupies des Rolling Stones, et tout tournait autour de ce groupe, tes copains, ton unique amour Patrick.

Tu avais souvent de la visite, même parfois pas autorisée, car nous avions des quotas (1 x tous les 3 mois) à ne pas dépasser. Mais ta famille était tout le temps là. Soit ta maman, soit Patrick, soit tes amis, soit tous ensemble. C’était adorable d’avoir comme cela le mélange de passé, de présent et de futur ensemble.

On parlait tout le temps des Stones, d’Elvis, de musique. Nous rêvions ensemble de rencontrer Mick Jagger et Keith Richards, nous continuions à pleurer Brian Jones et nous le faisions encore vivre dans notre monde imaginaire.

Nous avions décidé du nom de nos enfants, Bianca et Jade pour les filles, Mickaël et Brian pour les garçons.

A nous 3 nous étions un clan, une famille.

C’est de toi que j’ai gardé le plus de souvenirs, et tu as été le bonheur d’être à la Ravoire.

Bien sûr, nous nous disputions pour des banalités, mais nous restions amies et solidaires.

Et je suis partie.

Tu as eu 2 filles que tu as appelé Bianca et Jade, tu as tenu ta promesse, mais pas moi. J’ai tenu la promesse de te revoir, mais la vie a décidé que tu devais nous laissé avant que je puisse le réaliser. Tu es partie à 25 ans sans crier garde, sans que personne puisse te garder, parce que tu avais mal à la tête. Tu es partie et tu m’as laissé me débrouiller seule dans la vie. Tu as laissé tes enfants et ton mari. Tu as laissé derrière toi tant de personnes au désespoir.

Tu étais ma meilleure amie, mon âme sœur, et tu es partie.

Tu restes à jamais dans mon cœur.

KATE

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L'abandon

Quand je suis arrivée à la Ravoire, ma mère qui m’accompagnait m’a littéralement déposée dans ma chambre et elle est repartie aussi sec. C’est brutal mais c’était ainsi. Comme un sparadrap que l’on arrache à toute vitesse pour ne pas avoir mal, la rupture devait être brutale. J’étais là toute seule, dans un univers que je devais découvrir, entourée de personnes que je devais apprivoiser ou être apprivoiser. Je devais tout découvrir par moi-même. Ma chambre, mes nouvelles copines qui à mon arrivée me paraissaient hostiles.

Je refusais de croire que j’étais comme elles, malade à un point où il fallait me séparer de tout mon univers.

Comment comprendre à ce moment précis que cette séparation brutale avec mon passé allait me sauver la vie ?

Comment comprendre que tout ce qui m’entourait maintenant serait mon univers durant tant de mois ?

Comment ne pas croire que j’étais punie parce que malade ?    

J’étais seule dans ce monde nouveau pour moi, et j’ai vécu mon arrivée comme un drame, une déchirure, une punition. Je regardais les personnes et je les détestais toutes, même les plus gentilles. Je ne voulais pas être là, je ne voulais pas être malade. Je voulais continuer ma vie, entourée des miens, vivre mon adolescence comme les autres. Et pourtant j’étais dans un sanatorium, malade, impuissante et désorientée.

J’ai vécu tout cela avec le sentiment que ma famille se débarrassait de moi, avait honte de ce que j’étais devenue, qu’il fallait me mettre à l’écart de tout et de tous parce que j’avais été méchante et qu’il fallait me punir d’être malade.

J’en voulais à ma mère d’être partie aussi vite, comme une voleuse, je ne savais pas encore que c’était dans la logique des choses, qu’il fallait pour elle comme pour moi que cela se passe ainsi.

Quand d’autres m’ont suivie j’ai compris que c’était pour tout le monde pareil. Il fallait que cela se passe ainsi.

La séparation devait être rapide, brutale et surtout sans appel.

Je comprends maintenant que ce moyen protégeait aussi bien ma famille que moi-même. Il n’y avait pas d’autres moyens. Impossible de faire autrement. Je devais faire le deuil de mon passé et il fallait que ce soit rapide.

Je devais prendre possession de ma nouvelle vie sans regarder à l’arrière. Mais je n’avais que 14 ans ! Comment comprendre cette brutalité des choses ? Comment les accepter sans en vouloir à ma mère qui avait accompli ce que je comprendrais plus tard, la « sale besogne » d’avoir à me jeter dans ce nouvel environnement ? Savait-elle ma maman que je lui en voudrais pour cela ? Comprendrait-elle qu’elle m’abandonnait ?

Je pense avec le recul que cela a du être aussi dur pour elle que pour moi, qu’elle a du culpabiliser de m’abandonner, et que comme moi elle a du être blessée de cette séparation voulue par le règlement du sanatorium.

Avec le recul je sais que c’était le meilleur moyen, ou plutôt la moins mauvaise solution.

Et j’en ai voulu à ma mère de m’avoir abandonnée.

Mais très vite, comme tous ceux qui ont vécu ce genre de séparation, je me suis adaptée, et très vite la Ravoire est devenue mon univers.

Mais aussi étrange que cela puisse paraitre, j’en ai encore plus voulue à ma famille d’avoir osé venir m’arracher littéralement de cet univers que j’avais appris à aimer. Parce que si l’arrivée à la Ravoire est barbare et sans cœur, alors le départ c’est encore pire !

J’ai vécu cela comme un drame. J’avais refais ma vie, mes habitudes et voilà que cette famille qui m’avait abandonnée un an et des poussières plus tôt venait m’enlever encore une fois mes habitudes, mes ami(e)s, mon monde, mes protections comme l’extérieur.

J’en ai voulu à ma famille d’avoir osé m’enlever tout cela. Ma famille aurait du me laisser à la Ravoire, je n’avais plus besoin d’eux, j’avais refait ma vie sans eux.

Je ne voulais pas partir, je ne voulais pas retrouver ma vie d’avant.

Ma famille, je l’avais reconstruite sans eux, ils étaient devenus des étrangers, ils ne pouvaient pas comprendre ce que j’avais vécu sans eux.

Encore une fois, à cause de ma famille, je subissais une séparation brutale et incompréhensible. Encore une fois, je devais mettre un terme à mes habitudes, mon ancrage. Encore une fois, je devais refaire et reconstruire ma vie.

Plus tard, j’ai du à nouveau refaire et reconstruire, mais j’en avais pris l’habitude, et maintenant je sais que tout ce que la vie m’a séparé et éloigné ne sera jamais aussi brutal que mon arrivée et mon départ de la Ravoire.

 

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05 février 2017

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Nos soignantes

Nos soignantes sont encore en pleine forme ...

Mme Gavard a toujours sa voix si caractéristique et c'est encore une belle femme impressionnante de vitalité et toujours le mot pour rire .. la vie semble s'écouler paisible pour elle et elle a toujours le souvenir de notre enfance passée

La Ravoire est toujours aussi présente pour elle aussi et des souvenirs particuliers l'a transporté le temps de notre visite vers notre passé commun

Mme Scopel (qui veut toujours que l'on l'appelle que "Scopel") est toujours aussi alerte et drôle. Ses gestes n'ont pas changés et elle est toujours aussi charmante et gentille. Malgré les "saloperies" de la vie (oupss je sais .. je ne devrais pas) elle a gardé sa vitalité et sa gentillesse d'antan

Et Christiane Fivel .. handicapée dans un fauteuil roulant (elle a eu un accident sur ses marches d'entrée) elle n'en garde pas moins le souvenir de ce temps où la Ravoire est remplie de rires et de pleurs de notre enfance !!!

Toutes les trois sont débordantes d'énergie et cela nous fait un bien fou de nous retrouver autour d'une table pour se souvenir

Mme Massini aurait du être là mais la vie en a décidé autrement .. dommage pour nous ce sera pour une prochaine fois je l'espère

Comme cela fait du bien de retrouver toutes ces personnes qui ont pris soin de nous et de nos bobos. Leur souvenir était encore présent dans nos mémoires et de les voir nous a replongé 40 ans en arrière .. loin dans notre passé .. dans notre histoire !!!

Que de souvenirs évoqués en si peu de temps .. à parler toutes en même temps de peur d'oublier des anecdotes à ne pas oublier .. et ce temps qui passe si vite et qui ne nous laisse même pas le temps de savourer nos retrouvailles

Nous aurions pu rester encore des heures à évoquer les absents .. à pleurer la disparition de Maimaire ou du Docteur Vaquette (Mme Gavard ne se souvenait pas de son surnom).. à nous souvenir des autres et nous rappeler des instants volés à nos mémoires

Ce fut tellement court mais ce fut un moment de pur bonheur que de revoir ces dames qui ont passés tant d'années à voir défiler nos enfances. tant d'enfants à se souvenir et tant d'instants privilégiés à se rappeler en si peu de temps ..

Nous avons toutes fait un bond dans notre passé commun .. dans nos histoires partagées ensemble et à des époques différentes

Ces instants furent intenses à vivre et ils furent trop courts

Elles sont les témoins de nos vies passées. Elles sont les gardiennes de nos histoires communes et si différentes pourtant. Elles sont au fil des années restées ces dames qui prenaient soin de nos corps. Elles nous ont protégés des autres .. punis aussi et grâce à elles nous avons passé notre période à la Ravoire tant bien que mal, mais malgré tout dans un cocon protecteur qui nous faisait parfois oublier que nous étions malades

Comment arriver à leur dire merci ?

Merci de nous avoir soigné, d'avoir pris soin de nous et d'avoir pris le relais de nos parents absents. C'est vrai que tout n'a pas été rose entre nous mais le temps efface les erreurs des uns et des autres pour laisser la place à une galerie de souvenirs enjolivés. Merci d'avoir été nos soignantes.

Certains d'entre nous retournent au fil du temps revoir ce bâtiment pour se souvenir malgré tout que la Ravoire a été aussi un havre de paix dans nos maladies plus ou moins acceptées.

Merci Mesdames de votre bonne humeur et de vos rires communicatifs. Merci de vous souvenir de ces enfants terribles que nous étions parfois. Merci de vous souvenir de nous même si les noms s'entremêlent parfois.

Merci tout simplement

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Nous étions des enfants

Nous étions des enfants ..

Et la vie ne nous a pas fait de cadeaux .. du moins c'est ce que nous aurions pu croire en arrivant à la Ravoire. Nous allions être séparés de nos familles .. de nos amis et nous ne savions pas ce qu'il allait nous arriver. Le mystère d'une nouvelle vie s'ouvrait à nous.

Très vite, nous prenions nos marques, comprenions le règlement, le rythme de vie, bercé entre les cures et les médicaments.

Très vite, nous comprenions que notre séjour serait long et que parfois il serait difficile. Il nous fallait accepter notre nouvelle vie, nos nouveaux amis et toute une armada de soignantes.

Le tubage reste quand même pour nous tous, notre bizutage, notre billet d'entrée parmi les autres qu'il nous faudra apprivoiser comme ils devront apprendre à nous connaitre.

Il nous fallait passer par cette torture avant d'avoir le droit de vivre avec les autres ou de rester cloitrée quelque temps dans notre chambre. A mon époque, la dernière "saison" pour la Ravoire, nous n'avons eu guère que Joakhim d'aliter au Lazaret, mais lui ne devait certainement pas avoir que la tuberculose.

Lors de notre visite, Bleuette et moi avons pu constater que nous avions eu les mêmes chambres à des périodes différentes. Nous avons dormi dans le même lit très certainement, à quelques années d'écart, et maintenant nous avons enfin fermé le cercle. Nous nous sommes retrouvés à travers le temps et l'espace ..

Combien d'entre nous ont partagé le même lit sans savoir qu'un jour nous serions en quête de nous retrouver ? Ai-je une fois pensé que presque 40 ans plus tard je retrouverais une ancienne qui avait vécu au même endroit que moi ?

C'est marrant de voir nos destins se croiser encore une fois, pour cette fois se rencontrer enfin.

Nous avons tant en commun sans le savoir, toutes ces aventures que nous avons vécu à quelques années de distance, pour se perdre et se retrouver au gré d'une connexion internet !!!

Certains d'entre nous ont passé 4 - 5 .. 10 ans dans les sanatoriums, comment ont ils pu se reconstruire en famille après tout ce temps ? Comment ont ils pu évoluer dans une famille qui n'était plus la leur durant tant d'années ?

Je pense à Marie Lyse qui a passé en tout 8 ans loin de sa famille entre maladie et rechute opération et enfin guérison !!! Comment a elle fait pour se retrouver parmi les siens ?

13 mois loin des miens a suffi pour creuser un fossé d'histoire entre ma famille et moi. Je ne pouvais partagé ce que j'avais vécu, car personne ne pouvait comprendre qu'en 13 mois j'ai pu m'attacher à mes ami(e)s et à mes soignantes et que ces personnes ont pris la place que la maladie a volé à ma famille.

Nous étions des enfants et la vie nous a volé un pan de notre histoire pour mieux nous en donner une autre. Notre destin était il de rencontrer ces BK et de transformer à jamais notre vie ?

Qui serions nous maintenant si nous n'avions jamais connu la Ravoire ? Parfois je me pose cette question et je ne peux imaginer ma vie sans ce passage obligé de ma vie.

Je n'aurais pas pu être qui je suis maintenant sans la Ravoire, maintenant j'ai compris que la vie m'a pris quelque chose pour me donner autre chose et que je ne saurais jamais si j'y ai gagné au change

Nous étions des enfants loin de nos familles et nous sommes devenus des grandes personnes maintenant.

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Kheira

Kheira

Quand je suis arrivée à la Ravoire, j'ai eu la chance d'être prise en charge par les "grandes" celles qui avaient plus de 15 ans .. Parmi elles, il y avait Kheira.

Juste le temps d'apprendre à apprécier son amitié que Kheira repartait dans sa famille. Et pourtant elle fut l'une de mes camarades que j'ai apprécié le plus durant cette année passée là-bas

Elle était l'animatrice de toutes les grandes, elle riait et dansait tout le temps, et elle prenait sous son aile toutes les nouvelles complètement paumée. Elle était le "Bureau des Pleurs" et la grande soeur de nous toutes ..

Kheira est partie et pourtant elle est restée avec moi à la Ravoire car mon cahier journal s'appelait Kheira

Et voilà qu'hier soir j'ai fait des recherches dans les pages blanches et j'ai retrouvé ma Kheira !!! .. Je n'ai pas hésité à lui téléphoner et après la surprise passée nous avons discuté durant près de 3 heures au téléphone !!!

J'ai retrouvé KHEIRA !!! ..

J'ai enfin retrouvé mon passé grâce à elle. La surprise puis les pleurs puis l'envie de se retrouver ont ponctué cette longue conversation qui sera suivie d'autres je l'espère

J'ai retrouvé une tranche de mon histoire. Elle m'a raconté des histoires que j'avais oublié, nous avons partagé des souvenirs communs, toutes ces histoires gaies et parfois tristes qui ont jalonné nos passages à la Ravoire

Comment se souvenir de tout ? Nous avions à peine le temps de nous habituer à la présence de l'autre qu'elle devait déjà partir .. ou que nous devions partir. Nous nous promettions des amitiés éternelles et la vie nous a forcé à oublier

Kheira a été ma référence à la Ravoire, jusqu'à ce que je rencontre Kate .. durant 6 longs mois elle fut ma confidente dans ma vie puis à son départ dans mon cahier journal. J'ai des souvenirs précis d'elle et des autres grâce au fait que j'écrivais sur un cahier à peu près tout ce qui se passait dans notre vie au sanatorium

Délire d'adolescente .. phrasé de gamine certes mais toute une mine de souvenirs que j'ai pu conserver jusqu'à aujourd'hui, car c'est comme cela que j'ai encore des souvenirs tellement intacts

Quand Kheira a décroché son téléphone pour me répondre, elle ne pensait pas prendre un retour presque 40 ans en arrière, et pourtant nous étions toutes les deux submergées par nos souvenirs. Au fil de notre conversation nous nous sommes souvenus de moments incroyables que nous avons partagé, aussi bien les bons que les moins bons. Des souvenirs qui se faisaient de plus en plus clair au fil de notre conversation

Je n'arrive encore pas à y croire, mais j'ai retrouvé mon passé. J'ai retrouvé une personne qui a compté pour moi durant cette période. Les souvenirs s'installent à nouveau, et la mémoire se libère. J'ai enfin retrouvé une tranche de ce passé !!!

Kheira va devoir s'équiper en PC dans les prochains temps et je suis sûre qu'elle viendra lire ce blog et qu'elle pourra nous raconter elle aussi comment j'étais à cette période

Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai pu retrouver Kheira

 

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Archive d'un autre blog

La famille s'agrandit ...

par Ravoire72 @ Dimanche, Mai. 06, 2007 - 11:45:43

En août dernier j'ai crée ce blog sans trop y croire ...

Et maintenant la famille s'agrandit petit à petit ... Patrick contribue à ce blog c'est même lui qui l'a relancé .. et maintenant sa soeur vient de nous rejoindre

Quand j'ai ouvert ce blog j'y croyais pas trop .. et maintenant l'espoir renait

Je sais que l'on va finir par avoir de plus en plus de monde de différtentes époque qui vont venir nous rejoindre ... comme Patrick .. par hasard

Je suis contente que cette part de nos vies n'est pas mort .. je suis contente que ce que l'on aurait pu prendre comme un malheur est devenu notre force à nous tous

A vous deux je vous dit Merci de fond du coeur de faire vivre ce forum ...

Je vais vous ouvrir le nlog pour que vous puissiez vous aussi écrire des articles ...

Ce blog va s'agrandir je le sais maintenant ... tout est possible

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Rituels

LA DANSE DE LA SIESTE 72

Quand je suis arrivée à la Ravoire, les derniers petits enfants de moins de 10 ans étaient récupérés par leur famille ou envoyés ailleurs. La Ravoire allait fermer ses portes.

Je suis de la dernière génération. Je ne pense pas qu’après mon départ il y eu encore des arrivées car je suis partie en Juin et La Ravoire a fermé en septembre 1973.

Après moi, les arrivées étaient de plus en plus rares et c’était à chaque fois un véritable évènement.

Nous étions là, à attendre que les familles partent pour « voir » qui allait vivre avec nous quelque temps.

C’était notre spectacle à nous.

Les pleurs d’arrivée étaient un délice pour nous, car nous savions qu’ils seraient encore plus abondants au moment du départ.

A chaque fois, le même rituel et les mêmes questions avant même de connaitre le nom de notre nouvelle amie.

« Tu as quoi ? un voile, un trou, une caverne ? Tu es contagieuse ? comment a tu su que tu étais malade ? »

Nous avions la charge d’expliquer la vie à La Ravoire.

Tubage pour les arrivées et les départs, le petit déjeuner, les soins – les perfusions pour certains - les siestes, l’arrivée du courrier, l’école, déjeuner, re soins et re siestes, sorties, souper, re soins, se laver, faire ses devoirs, faire sa chamlbre, écrire aux parents, et se coucher encore et encore.

Le dimanche, relâche - soins limités, pas de perfusion, repos aussi pour nos veines, chapelle pour tous, visite des parents ou pas, sorties avec Mémère ou une autre à la Petite Boutique, pas de sieste, grande promenade ou jeux à l’extérieur, bricolages ou préparation des fêtes, ou choisir de rester dans sa chambre, changement des draps et lavage des habits que nous devions mettre dans des sacs estampillés avec nos numéros de chambre, faire sa chambre, se laver. Repas améliorés,

Le dimanche soir, nous avions – garçons et filles - le droit d’aller à la salle de cinéma, quand nous n’étions pas punies (n’est il point Brigitte ?), et le lundi tout recommençait à nouveau, le rituel de la semaine se remettait tout doucement en place.

Quand nous savions qu’un garçon arrivait, nous étions toutes impatientes de voir à quoi il pouvait ressembler. Il faut dire qu’à La Ravoire, nous étions perpétuellement en chasse d’aventures amoureuses sans lendemain et platoniques.

Il fallait se faire nos propres films pour nous distraire. Il fallait « correspondre » avec un garçon pour avoir des choses à raconter aux copines durant les interminables siestes plus ou moins animées.

A l’étage des grandes, au dernier étage, les siestes étaient rarement calmes et reposantes, surtout l’après midi, où nous passions notre temps à rigoler et à chanter et à animer les terrasses, sauf bien sûr quand Mémère était de service. Nous avions une ou plusieurs radios ou magnétophones et nous écoutions en boucle Elvis Presley, les Rolling Stones, et surtout Mike Brant et Claude François.

Cela devenait souvent de la cacophonie, car chaque chambre avait son idole, et c’était à celle qui aurait les moyens de mettre sa musique le plus fort pour couvrir les autres artistes.

Sur nos lits de camp militaires, avec nos couvertures elles aussi militaires, nous refaisions notre monde, nous faisions le plein de souvenirs et surement pas cette sieste qui se voulait reposante et qui devait nous assurer la guérison.

Avec le recul, je pense maintenant que tout ce qui nous a été permis de faire est en relation avec la fermeture de La Ravoire.

La maladie ayant reculée, les traitements étant efficaces, nous étions plus libres de faire ce que l’on voulait. Pourtant, il arrivait que même sans la présence de Mémère, nous étions tellement ko que nous profitions de cette sieste pour dormir. Je ne sais pas pourquoi, mais des fois, il nous arrivait de profiter du paysage, et de dormir.

Le paradoxe de La Ravoire, soit nous étions toutes surexcitées, soit nous étions toutes dans les vapes. Certaines, malgré le brouhaha musical et les rires, arrivaient quand même à dormir durant ces siestes.

J’ai vécu cette période de rituels immuables et parfois ennuyeux sans savoir que ce serait une période de ma vie importante.

Maintenant je sais que tout ce qui m’ennuyait là bas était une montagne de souvenirs et qu’ils reviendraient dans ma vie bien plus tard, comme autant de bulles de bonheur.

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